La disparition de Nathalie Baye, à 77 ans, laisse le cinéma français orphelin d’une actrice rare, dont la justesse n’avait nul besoin d’effets pour s’imposer. Une émotion sincère, discrète, à l’image de son parcours.
Mais à peine le deuil entamé, une autre question, plus contemporaine, s’impose déjà : combien de temps faudra-t-il à Eric Ciotti pour réclamer un hommage national ?
Car le précédent existe. Il n’y a pas si longtemps, le même Eric Ciotti s’était illustré en appelant à un hommage de la République pour Brigitte Bardot, inaugurant ainsi une nouvelle tradition politique : l’hommage préventif, presque programmatique, où l’émotion devient immédiatement affaire d’État.
Dès lors, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Nathalie Baye coche toutes les cases : carrière exemplaire, reconnaissance critique, popularité sans scandale. Autant d’arguments solides pour justifier une montée en gamme du recueillement, du communiqué appuyé jusqu’à, qui sait, la suggestion d’un deuil national.
Il faut reconnaître à Eric Ciotti une remarquable constance : là où certains saluent, lui institutionnalise. Là où d’autres se recueillent, il « protocolise », se donnant l’illusion d’être déjà chef d’Etat. A chaque disparition, son escalade symbolique.
Toutefois, le nain sectaire a des amitiés électives et il n’est pas avéré que les engagements de Nathalie Baye auront l’heur de plaire à l’édile de Nice dont l’idylle avec la cinquième ville de France pourrait tourner court.
Reste une interrogation, qui dépasse le cas présent : à force de vouloir transformer chaque décès en moment républicain, ne finit-on pas par confondre mémoire et communication ?
Nathalie Baye, elle, n’avait pas besoin d’apparat pour marquer les esprits. Un rôle, un silence, un regard suffisaient. Il serait peut-être dommage que son souvenir se retrouve, lui aussi, pris dans cette inflation de l’hommage.
Mais attendons encore un peu. Dans cette République du réflexe, il est des annonces que l’on finit toujours par voir venir…ou pas.

Ciotti confond toujours fromage et hommage de la République.

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