Le trump Kennedy Center

Le Kennedy Center, ce n’est pas seulement un bâtiment, ni même une institution culturelle : c’est un symbole. Celui d’une certaine idée de l’Amérique, d’un certain rapport à la dignité, à la parole publique, à la responsabilité. Y associer le nom de Trump, c’est commettre une faute – une faute morale, une faute politique, et presque une faute esthétique pour ne pas dire une tache, une salissure.

Associer le nom de Trump à celui de Kennedy, au Kennedy Center, relève d’une outrecuidance inouïe et le seul rapprochement de ces deux noms est une offense, une provocation faite à la mémoire de John F. Kennedy, dont l’héritage politique, la stature et la dignité continueront – quoi qu’il arrive- de traverser l’Histoire et les manuels scolaires. Les sbires de Trump pourront toujours s’ingénier à réécrire l’Histoire, comme le fait Poutine à propos de l’Ukraine, la vérité historique finira toujours par l’emporter.

Car enfin, que signifie ce geste ? Rien d’autre qu’un acte de confiscation. Une appropriation. Comme si l’héritage de Kennedy pouvait servir de marchepied à un narcissisme qui n’a jamais eu d’autre boussole que lui-même. Comme si l’on pouvait inscrire, sur une même façade, la mémoire d’un président entré dans la légende, et le nom d’un homme dont le passage au pouvoir aura surtout banalisé l’insulte, le mépris, la brutalité, la grossièreté.

Kennedy, c’est une certaine idée de la présidence américaine : la retenue, la parole pesée, la conscience aiguë du rôle des États-Unis dans l’équilibre du monde. Une présidence tragiquement interrompue, mais dont la trace demeure, précisément parce qu’elle s’inscrivait dans une vision plus large que soi. Kennedy, c’est la retenue, c’est l’élan, c’est le sens du monde. Trump, c’est l’inverse : la provocation permanente, le vacarme, l’outrance, la vulgarité érigée en méthode. La politique réduite au geste, au clash, au doigt d’honneur – et au plaisir cruel d’humilier, notamment quand il s’agit du Groenland, de l’Europe, et plus largement de tout ce qui ne se plie pas à ses caprices.

Et que dire de ses outrances récentes : insultes, provocations, propos indignes envers le Groenland, menaces envers l’Europe, envers des alliés et partenaires historiques. Cette manière de piétiner ce qui relève de l’honneur, de la diplomatie et du respect n’est pas seulement affligeante : elle est dangereuse.

Mêler son nom à celui de Kennedy n’est pas un hommage. C’est une profanation symbolique. Et cela mérite d’être dénoncé, fermement. Car l’histoire, elle, fait le tri. Certains noms s’inscrivent durablement dans la mémoire collective. D’autres s’imposent par le bruit, avant de s’éteindre avec lui. Associer Trump à Kennedy, ce n’est pas rendre hommage à Kennedy. C’est tenter de blanchir Trump. Et c’est, au fond, une insulte à la mémoire – mais aussi à l’intelligence.


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