I.C.E. out for Good.

Aux Etats-Unis, l’I.C.E. n’arrête plus seulement les migrants : elle arrête aussi la respiration démocratique, et, parfois, accessoirement, le cours de la vie de jeunes mères de famille.

La mort de Renee Nicole Good, abattue par Jonathan Ross, un agent fédéral de l’immigration dans le Minnesota, a relancé une vieille tradition américaine : expliquer une balle par la légitime défense, même quand la victime roulait surtout vers la sortie et que les roues de son véhicule n’étaient pas dirigées vers le policier. Sous Trump, la légitime défense est devenue une langue officielle qui permet de traduire une balle en procédure, une mort en incident, une responsabilité en communication.

Renee Nicole Good, jeune mère de famille, est morte sous les balles d’un agent de l’I.C.E. Officiellement, elle aurait tenté d’utiliser son SUV comme une arme de destruction massive ou un missile balistique. Une théorie audacieuse, aussitôt soutenue par une vidéo filmée par l’agent lui-même, ce nouveau genre documentaire où le réalisateur, l’acteur principal et le juge d’instruction sont la même personne. Hollywood n’aurait pas osé. Netflix le fera peut-être. Sur les images, on entend surtout une femme dire calmement qu’elle n’est pas en colère, avant que les coups de feu ne remplacent le dialogue. Dans ce cinéma-vérité version ICE, la bande-son est toujours plus rapide que la réflexion. Officieusement, elle essayait surtout d’éviter un homme armé qui tournait autour de sa voiture comme un cow-boy en manque de duel. C’est d’ailleurs ce que confirment les vidéos des témoins : on y voit une tentative d’évitement, mais nullement une attaque. Mais ces images n’entrent pas dans le récit présidentiel. Or, sous Trump, le récit est plus important que les faits. Saint Thomas ne croyait que ce qu’il voyait. Trump, MAGA et sa clique ne voient que ce qu’ils croient. « Nous avions des sifflets, ils avaient des armes », résume l’épouse de la victime. On ne peut être plus explicite. La phrase résume parfaitement l’équilibre des forces. D’un côté, des citoyens venus soutenir leurs voisins menacés d’expulsion. De l’autre, une police de l’immigration équipée lourdement comme si chaque barbecue de quartier était une cellule terroriste dormante. Dans l’Amérique de Trump, aider son voisin est devenu un acte suspect, tandis que tirer d’abord et enquêter ensuite est un protocole. Aux États-Unis, on ne dit plus « bavure », on dit « procédure ». C’est plus propre, ça enlève le sang des phrases, des pare-brise et des sièges auto.

Le mouvement « No Kings », qui relaie aujourd’hui le slogan « ICE, out for good », rappelle une évidence que l’administration Trump semble avoir oubliée : les États-Unis n’ont pas renversé un roi pour le remplacer par des agences fédérales intouchables. Car lorsque des élues du Congrès se voient refuser l’accès à un bâtiment public par l’ICE, ce n’est plus une démocratie : c’est une série Netflix, mais sans le budget pour le scénario, c’est un message qui semble vouloir dire le pouvoir ne se contrôle plus, il se protège.

Le FBI enquête, le ministère de la Justice commente, la Maison-Blanche conclut. Dans ce nouvel ordre judiciaire, l’instruction commence après le verdict. La vérité, elle, attend sur le trottoir, entre deux bandes de neige fondue. Pendant ce temps, les statistiques s’accumulent : plusieurs morts, des blessés, et toujours la même justification – la peur. Une peur institutionnalisée, brandie comme un permis de tuer.  Qui aurait pu imaginer qu’un jour les trottoirs de Minneapolis seraient aussi dangereux que ceux de Téhéran ?

Donald Trump a toujours rêvé d’être un shérif. Il est devenu un monarque sans sceptre, gouvernant par slogans, vidéos montées et ennemis désignés. L’immigration n’est plus un sujet politique : c’est un décor de campagne permanente où chaque expulsion est une promesse électorale tenue et chaque balle tirée est un point dans un sondage imaginaire.

« ICE, out for good » n’est pas seulement un slogan. C’est un jeu de mots cruel, car Good est désormais morte, et l’ICE est toujours là. Reste une question : combien de « légitimes défenses » faudra-t-il encore pour que l’Amérique se souvienne que la sécurité n’est pas censée ressembler à une guerre civile à bas bruit ?

Dans le pays qui s’est libéré d’un roi, on continue de fabriquer des uniformes qui se croient couronnés et bénéficient d’une totale impunité, sous l’onction d’un Bureau Ovale qui ressemble de plus en plus au bureau du shérif.

Georges Floyd et Renee Good

Minneapolis n’est plus seulement un nom sur une carte. Elle est devenue le symbole de la violence policière, de l’impunité institutionnelle, et de la répétition tragique de l’histoire. Cinq ans après l’assassinat de George Floyd, la mort récente de Renée Nicole Good dans cette même ville rappelle une vérité brutale : aux États-Unis, la promesse de justice reste largement non tenue et son viol banalisé.

Le 25 mai 2020, George Floyd agonisait sous le genou d’un policier, suppliant qu’on le laisse respirer. Le monde entier a retenu son souffle, a vu, a entendu et a promis que cela ne se reproduirait plus. Pourtant, Minneapolis, endeuillée, pleure une nouvelle fois, une jeune mère de famille, tuée par un policier de ICE . Cette mort montre que la transformation annoncée, après l’assassinat de George Floyd, reste largement inachevée.

Renée Nicole Good est morte lors d’une intervention policière. Les circonstances exactes diffèrent, les récits officiels varient, mais la structure du drame demeure : une citoyenne désarmée, une police qui agit dans la peur, la brutalité ou la précipitation, et une institution qui se replie immédiatement derrière ses communiqués, ses enquêtes internes et ses silences.

Dans les deux cas, la question centrale n’est pas seulement celle de la responsabilité d’un agent, mais celle d’un système qui autorise la violence, la banalise, puis la justifie. Un système où l’uniforme protège plus efficacement que la vérité. Un système où la peau noire et la jeunesse reste, trop souvent, perçue comme une menace avant d’être reconnue comme une vie. La police américaine continue d’agir dans de nombreux quartiers selon une logique de confrontation plus que de protection. La désescalade reste l’exception, l’autorité la norme, la peur un moteur implicite de l’action.

George Floyd est devenu un slogan, Renée Nicole Good risque de devenir une statistique. L’Amérique ne peut plus s’offrir le luxe d’une police hors de tout contrôle. 

À cette réalité policière s’ajoute une responsabilité politique. Donald Trump n’a jamais cherché à apaiser, mais il a attisé, soufflant sur les braises de la colère, clivant plus que jamais l’Amérique en deux camps antagonistes et irréconciliables. Là où d’autres parlaient de réforme, il parlait d’« ordre ». Là où d’autres parlaient de justice, il parlait de répression. Son discours constant contre les mouvements antiracistes, sa défense quasi systématique des forces de l’ordre, même dans les cas les plus manifestes d’abus, ont installé une culture d’impunité. En exaltant l’autorité sans condition, il a affaibli l’idée même de responsabilité.

George Floyd. Renée Nicole Good. Deux noms séparés par le temps et par la couleur de peau, réunis par la même ville, la même institution, la même violence. Minneapolis est devenue le miroir d’une Amérique incapable de rompre avec ses démons. On peut repeindre les murs, déboulonner les statues, changer les slogans. Mais tant que la police ne sera pas réellement contrôlée, tant que la politique continuera de flatter la peur plutôt que la justice, tant que l’égalité restera un discours plutôt qu’une pratique, d’autres noms viendront s’ajouter à la liste.

Et chaque nouveau nom sera une preuve supplémentaire que l’Amérique n’a pas appris de son passé et de ses erreurs. Mais Trump est-il capable d’apprendre quoi que ce soit ?

ICE A RECU L’ORDRE DE N’ABATTRE QUE DES CITOYENS US AGES DE 37 ANS ET PORTANT UN NOM AUX CONNOTATIONS POSITIVES

On pourrait presque croire, à lire certaines histoires récentes, qu’aux États-Unis l’âge de 37 ans est devenu une sorte de zone rouge invisible, un carrefour absurde où la vie bascule sans prévenir, comme si ce nombre, banal sur un gâteau d’anniversaire, se transformait soudain en chiffre maudit dans les rapports de police.

Et l’ironie devient carrément noire quand on regarde les noms, parce qu’il semblerait qu’avoir un patronyme trop positif relève presque de la provocation métaphysique : s’appeler « Good », ou « Pretty » comme si la langue elle-même murmurait quelque chose de doux, et finir malgré tout dans une scène de violence d’État, c’est un contraste si brutal qu’il ressemble à une blague sinistre écrite par un humoriste sans cœur. Probablement le clown peroxydé de la Maison-Blanche.

Dans ce théâtre tragique, le réel paraît parfois se moquer du sens des mots, comme si la bonté et la douceur, inscrites jusque dans les noms, ne pesaient plus rien face à la mécanique froide des armes, laissant une impression glaçante : même les mots les plus gentils ne protègent plus personne …de ICE et de Trump 


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