Iran : Trump, ou l’art d’abandonner un peuple après l’avoir poussé au sacrifice.

Donald Trump n’a pas simplement commis une erreur d’analyse, il a joué avec des vies humaines, car en incitant publiquement les Iraniens à descendre dans la rue pour défier un régime connu pour sa brutalité, ses prisons, ses pendaisons et ses balles réelles, il a pris la posture confortable de celui qui applaudit la révolte depuis un bureau ovale, comme si la contestation était un spectacle géopolitique, une mise en scène utile pour sa communication internationale plutôt qu’un drame humain aux conséquences irréversibles.

Dans un premier temps, il a encouragé les Iraniens à descendre dans la rue, à défier un régime connu pour sa brutalité, à affronter des forces de sécurité qui tirent à belles réelles, rrêtent, torturent et exécutent. Il l’a fait avec ses mots habituels, tonitruants, hyperboliques, irresponsables. Comme s’il s’agissait d’un jeu géopolitique, d’un épisode de téléréalité où l’on applaudit les rebelles depuis un canapé sécurisé.

Puis, quarante-huit heures plus tard, alors que les rues iraniennes étaient déjà jonchées de morts – 3600 selon les dernières estimations mais probablement plus de 10 000 – que les hôpitaux débordaient, que les pasdarans venaient y achever leurs victimes et que les familles cherchaient leurs disparus, Trump a brutalement changé de registre, abandonnant toute référence aux victimes pour se féliciter froidement que le régime ait renoncé à appliquer huit cents exécutions, saluant au passage sa « retenue » comme si l’on devait remercier un bourreau pour avoir temporairement reposé sa corde après avoir déjà pendu des milliers d’innocents, transformant ainsi une tragédie humaine en simple ligne de bilan diplomatique.

Ce retournement n’a rien de stratégique ni de prudent, il révèle une logique profondément cynique dans laquelle la vie des manifestants ne pèse rien face aux équilibres régionaux, aux pressions des monarchies du Golfe, aux calculs énergétiques et aux alliances militaires, car Trump n’a pas cédé par humanisme mais par confort politique, préférant satisfaire l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et la Turquie plutôt que d’assumer la responsabilité morale de ses propres encouragements.

En réalité, Trump n’a jamais défendu les Iraniens, il les a utilisés comme levier rhétorique, comme menace diplomatique, comme décor émotionnel, avant de les abandonner dès que leur sang est devenu politiquement encombrant, révélant ainsi une politique étrangère fondée non sur la protection des peuples mais sur l’exploitation de leur souffrance. Les Groenlandais seraient bien inspirés de méditer les leçons qui s’imposent….

Car le résultat est implacable : un peuple encouragé à se soulever, puis livré à ses bourreaux, une révolution excitée par des discours mais privée de toute protection, une espérance instrumentalisée puis sacrifiée sur l’autel de la realpolitik, dans un silence qui vaut condamnation. Le tout nouveau « médaillé » de la paix a préféré protéger des équilibres pétroliers, des alliances militaires et des marchés financiers plutôt que des vies humaines. Il a résolument choisi la stabilité des régimes contre la liberté des peuples.

L’histoire retiendra peut-être que Trump n’a pas voulu déclencher une guerre régionale, mais elle retiendra surtout qu’il a laissé mourir une révolte, qu’il a tendu la main aux manifestants pour les pousser dans le vide avant de la retirer au moment où ils chutaient, et que cette séquence restera comme l’une des démonstrations les plus cruelles d’une diplomatie de communication, capable d’enflammer des peuples mais incapable d’assumer les conséquences humaines de ses propres paroles.

Trump n’a pas seulement abandonné les Iraniens, il les a trahis, et cette trahison restera comme l’un des actes les plus lâches de sa carrière politique, celui d’un homme qui a su provoquer l’espoir, mais qui n’a jamais eu le courage d’en défendre le prix.


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