Donald Trump n’a pas inventé une politique étrangère. Il a inventé un réflexe.
La doctrine Donroe – contraction de Monroe et de Donald – repose sur un principe fondateur : le monde est un décor, l’Amérique est la scène, et Trump est l’acteur principal.
Là où la doctrine Monroe voulait protéger le continent américain des ingérences européennes, la doctrine Donroe protège surtout l’humeur présidentielle contre toute contradiction. Les alliés deviennent des partenaires ingrats, l’OTAN une facture trop chère, l’Union européenne une entreprise rivale empêcheuse de déréguler, et l’ONU un club où l’on parle trop et où l’on ne l’applaudit pas assez.
Dans cette vision du monde, la diplomatie n’est plus un art, mais une négociation immobilière. On échange des bases militaires contre des compliments, des traités contre des tweets, des sanctions contre des poignées de main très fermes avec des dirigeants « très respectables », pourvu qu’ils sourient bien sur la photo et qu’ils portent un costume trois pièces.
La doctrine Donroe repose aussi sur une géographie nouvelle : les frontières ne sont plus des lignes sur une carte, mais des lignes rouges dans les sondages. L’Ukraine, Taïwan, l’Iran, le Proche-Orient ou l’Afrique ne sont pas des réalités complexes, mais des décors interchangeables pour discours électoraux. Chaque conflit devient un argument, chaque guerre un slogan, chaque paix une opportunité de merchandising.
Trump promet de ne plus jouer au gendarme du monde mais préfère être son huissier. Il ne veut plus défendre la démocratie – ce terme n’est jamais apparu dans les déclarations de Trump après le kidnapping de Maduro – mais seulement vérifier si elle paie ses cotisations. Quant aux valeurs, elles sont soigneusement rangées dans le tiroir des accessoires inutiles, juste à côté de la coopération internationale, du multilatéralisme et de la cohérence.
La doctrine Donroe affirme vouloir une Amérique forte mais elle commet de nombreuses confusions : elle confond la force avec le volume sonore, le respect avec la peur, et la stratégie avec l’improvisation. Elle ne construit pas des alliances, elle collectionne des réactions recyclées en tweets. En réalité, cette doctrine ne regarde pas le monde : elle le jauge ; elle ne dialogue pas : elle évalue ; elle ne comprend pas : elle simplifie. La doctrine Monroe parlait de souveraineté. La doctrine Donroe parle surtout de notoriété.
Et pendant que l’histoire cherche des principes, Trump cherche un angle de caméra.

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