Ciotti rend hommage à Bardot

Éric Ciotti, petit prince des Alpes-Maritimes, surnommé le nabot de Saint-Martin-Vésubie – huitième nain officieux de Blanche-Neige – surgit soudain sur la scène nationale pour proposer un hommage à Brigitte Bardot. L’initiative a quelque chose de balzacien : l’illusion de grandeur portée par un personnage que son propre miroir dément. Comme chez La Fontaine, la grenouille se rêve bœuf ; comme chez La Bruyère, le courtisan confond l’estrade avec le piédestal.

L’ambition, chez lui, relève moins de l’élan que du symptôme. Elle est ce que Pascal appelait une misère qui s’ignore : plus elle se proclame, plus elle révèle son vide. Ciotti voit grand – non par hauteur d’âme, mais par défaut de perspective. On dirait un personnage de Gogol persuadé que la redingote fait l’homme, ou un figurant de Blanche-Neige égaré hors du conte, réclamant soudain la lumière.

Brigitte Bardot, elle, appartient à une autre lignée : celle des mythes excessifs, des figures qui débordent leur époque, à la manière d’une Phèdre solaire ou d’une Marianne indocile. À une telle icône, il eût fallu un hommage de panache, presque une irrévérence à la hauteur du mythe – quelque chose de vif, de croustillant, une panée symbolique, au beurre et au culot, comme un clin d’œil rabelaisien plutôt qu’une cérémonie compassée.

Mais le panache suppose une élégance morale. Or la seule « classe » que connaisse Éric Ciotti n’est ni celle de Stendhal ni celle de l’histoire, encore moins celle du style. C’est la classe grise où l’on apprend à trahir ses alliés avec application, à retourner sa veste avec méthode, et à baptiser cela constance. Une école de l’opportunisme où Machiavel aurait lui-même pris des notes, non sans ironie.

On peut toujours proposer des hommages nationaux. Encore faut-il venir d’un lieu qui ne soit pas déjà en ruines. Comme l’écrivait Chateaubriand, « il faut être quelque chose pour vouloir paraître quelque chose ». À défaut, on parle fort, on gesticule, et l’on croit honorer les statues quand on ne fait que projeter son ombre – petite, mais obstinée.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *