Sur la Côte d’Azur, on ne fraude pas le malus écologique : on le relooke, on le domicilie ailleurs, on l’évapore avec la même désinvolture qu’un rosé trop tiède.
Sur la Côte d’Azur, où la lumière a cette indécence de flatter tout ce qu’elle touche, le SUV règne avec une majesté que ni les palmiers ni les yachts n’osent plus contester, tant il s’est imposé comme la véritable unité de mesure du succès contemporain, masse chromée avançant lentement entre mer et façades pastel, persuadée qu’un centre-ville médiéval fut manifestement conçu pour accueillir deux tonnes et demie d’assurance financière, quatre roues motrices et une conscience écologique délicatement parfumée au sans-plomb premium. Le SUV azuréen ne roule pas : il parade. Il ne consomme pas : il s’hydrate généreusement. Il ne pollue pas : il affirme sa personnalité. Aujourd’hui la Côte d’Azur expose de nouvelles starlettes, ces calandres verticales hautes comme des façades d’immeubles et ces pneus capables d’escalader l’Himalaya – pratique indispensable pour franchir les redoutables trottoirs de Saint-Tropez ou de Nice. Mais derrière cette carrosserie éclatante, une mécanique plus subtile encore se déploie : celle de la conscience et du portefeuille.
On observe ainsi, dans ce laboratoire sociologique baigné d’UV, une fascinante gymnastique intellectuelle grâce à laquelle le propriétaire d’un mastodonte urbain, tout en expliquant avec un sérieux d’ingénieur que son véhicule hybride sauve probablement la banquise à chaque démarrage silencieux, développe simultanément une créativité fiscale digne des grandes heures de l’ingénierie baroque, convoquant plaques étrangères opportunément cosmopolites, sociétés aux activités délicieusement nébuleuses et domiciles administratifs situés dans des contrées où le malus écologique relève davantage du mythe que de la ligne budgétaire, comme si la géographie devenait soudain une discipline de défense patrimoniale.
Il arrive même que la métamorphose atteigne des sommets poétiques lorsque, par la grâce d’une banquette arrière discrètement évaporée et d’une homologation invoquée avec la ferveur d’un acte de foi, le colosse de bitume, hier encore symbole d’ascension sociale et de confort climatisé, renaisse en humble utilitaire, travailleur courageux dont la vocation supposée consisterait à transporter des charges considérables que l’on peine toutefois à distinguer, à l’exception notable d’un sac de golf ou d’un chien miniature dont le pedigree dépasse parfois celui du conducteur.
Pendant ce temps, la voirie azuréenne, patiente et résignée, absorbe des embouteillages d’une densité quasi métaphysique, où chaque conducteur surélevé contemple la file immobile avec cette sensation exquise de dominer un paysage dont il est pourtant la principale cause d’asphyxie, méditant peut-être sur la beauté du rivage tout en contribuant à sa lente saturation atmosphérique, paradoxe moderne qui permet de célébrer la nature à travers un pare-brise panoramique dont la surface reflète, avec une ironie involontaire, l’image d’un monde que l’on admire d’autant plus qu’on s’efforce de ne pas en payer l’entretien collectif.
Ainsi se perpétue, sous le soleil inlassablement généreux, cette comédie élégante où l’on revendique simultanément la responsabilité environnementale, l’exception personnelle et l’optimisation fiscale, triptyque parfaitement huilé grâce auquel le malus écologique, pourtant conçu pour rappeler que chaque choix mécanique possède une conséquence budgétaire et climatique, s’évapore parfois avec la légèreté d’un rosé trop frais, laissant derrière lui non pas un scandale, mais un sourire entendu, comme si l’époque avait définitivement admis qu’entre la morale affichée et la contribution réelle, la distance pouvait être parcourue très confortablement, à condition de disposer d’une suspension adaptative et d’un excellent conseiller.

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