Il fallait bien que cela arrive. A force de tout remettre au lendemain, l’humanité a fini par instituer une Journée mondiale de la procrastination. Initialement prévue le 12 mars, elle a été reportée au 18, puis au 24, avant d’être finalement fixée à une date que personne ne connaît vraiment, mais que tout le monde s’engage à fêter… plus tard.
Dès le matin, les procrastinateurs du monde entier ont prévu de ne rien faire. Programme chargé : repousser les e-mails urgents, différer les décisions importantes, et contempler intensément le plafond en réfléchissant à ce qu’ils pourraient faire – un jour.
Les entreprises, toujours en pointe sur les tendances inutiles, ont sauté sur l’occasion. Certaines proposent déjà des ateliers de « report stratégique », où l’on apprend à différer une tâche avec élégance, sans jamais donner l’impression d’y renoncer. Le module avancé, très demandé, s’intitule : « Je m’en occupe » – mentir avec conviction.
Dans les administrations, la journée est passée totalement inaperçue, certains agents affirmant qu’ils la pratiquaient déjà depuis des années sans avoir eu besoin d’un cadre officiel. « C’est une reconnaissance bienvenue », a confié un fonctionnaire en repoussant l’ouverture de son tiroir depuis 1998.
Sur les réseaux sociaux, la mobilisation a été massive : des milliers d’internautes ont annoncé leur intention de publier un message engagé… qu’ils n’ont finalement jamais écrit. Une performance saluée comme « cohérente et authentique ».
Du côté des gouvernements, l’idée fait son chemin. Plusieurs projets de loi devraient être examinés prochainement, ou éventuellement plus tard, selon les priorités du moment – lesquelles seront définies ultérieurement.
Les spécialistes, eux, restent divisés. Certains voient dans la procrastination un mal moderne, symptôme d’une société saturée d’objectifs et d’injonctions contradictoires. D’autres y perçoivent une forme de résistance passive, un refus poli de participer à l’emballement général.
Quoi qu’il en soit, la Journée mondiale de la procrastination est une réussite incontestable : personne n’en a vraiment profité, mais tout le monde est d’accord pour dire qu’on aurait pu faire mieux… plus tard.
Et si vous comptiez lire cet article jusqu’au bout, rassurez-vous : vous pouvez toujours le finir demain.
A force d’attendre le bon moment, on finit par manquer tous les autres


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