La géopolitique selon Trump : une affaire de chiffres.

Il existe des dirigeants qui parlent en concepts, d’autres en doctrines, d’autres encore en principes. Donald Trump, lui, semble préférer les chiffres. Avec lui, la géopolitique ressemble parfois moins à un traité de stratégie qu’à une feuille de calcul où l’histoire du monde se résume à une série de colonnes soigneusement alignées.

Prenons d’abord la note qu’il s’est lui-même attribuée pour la guerre contre l’Iran. Interrogé sur la situation militaire, le président américain a expliqué qu’on lui avait demandé d’évaluer la situation sur une échelle de 1 à 10. Sa réponse fut simple : 15 sur 10. La performance dépasse donc les limites du barème, ce qui constitue une méthode assez ingénieuse pour s’assurer que l’élève obtienne toujours la meilleure note de la classe, surtout lorsque c’est lui qui corrige la copie.

Mais les chiffres ne s’arrêtent pas là. Donald Trump aime rappeler qu’il est le 45 et le 47 président des États-Unis, ce qui lui donne une relation presque intime avec l’arithmétique politique. Il explique également que l’opération en cours pourrait mettre fin à quarante-sept années de dictature en Iran, c’est-à-dire au régime né de la révolution islamique de 1979. Dans cet étrange univers numérique, les nombres semblent se répondre comme dans une symétrie presque mystique : 47ème président, 47 années de régime à renverser, comme si l’histoire mondiale obéissait soudain à une esthétique comptable.

La comptabilité ne s’arrête évidemment pas là. Trump explique que 48 dirigeants iraniens auraient été éliminés lors d’une frappe, qu’environ 1000 morts ont déjà été recensés dans le conflit, et que l’opération progresse de manière « spectaculaire ». Les chiffres tombent alors comme des bulletins trimestriels. On n’assiste plus à une guerre mais à une sorte de bilan d’entreprise : pertes, gains, résultats provisoires, performance globale.

Dans cette vision du monde, la géopolitique ressemble à une réunion d’actionnaires où l’on examine les résultats d’un trimestre militaire. Les colonnes s’alignent : années de dictature, dirigeants éliminés, missiles détruits, bases neutralisées, soldats tués. Il ne manque presque plus qu’un graphique PowerPoint pour expliquer que la liberté progresse à un rythme encourageant.

On imagine d’ailleurs assez bien la scène quotidienne à la Maison-Blanche. Chaque matin, quelque conseiller arrive avec une calculatrice et un tableau de bord. On y inscrit les nouveaux chiffres du jour : tant de frappes, tant de morts, tant d’objectifs atteints. Puis le président examine les colonnes avec la satisfaction tranquille d’un directeur financier découvrant que le bilan annuel dépasse les prévisions.

Cette passion pour les nombres possède évidemment un avantage psychologique considérable. Dans un monde extraordinairement complexe, où les alliances se nouent et se défont, où les rivalités régionales s’entremêlent et où les passions nationales échappent souvent à toute logique prévisible, les chiffres offrent l’illusion d’une clarté rassurante. Une guerre devient alors une équation : 47 années de dictature moins quelques frappes aériennes égaleraient la liberté.

Le problème est que l’histoire internationale possède un défaut assez irritant : elle refuse obstinément d’obéir aux règles de l’arithmétique. Les conflits ne s’achèvent pas toujours lorsque les colonnes semblent équilibrées, et les équations géopolitiques ont la mauvaise habitude de produire des résultats inattendus.

Mais dans la vision trumpienne du monde, l’essentiel semble déjà réglé. Lorsque l’on s’attribue 15 sur 10, c’est que le calcul est considéré comme correct.

Et dans cette étrange comptabilité de la guerre moderne, il ne reste plus qu’à espérer qu’aucun comptable trop scrupuleux ne vienne un jour vérifier les additions. Pour l’heure plus de 150 fillettes iraniennes, tuées par des bombes américaines, attendent que le Comptable en Chef rendent des comptes.


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