L’augmentation des carburants.

La guerre qui embrase aujourd’hui l’Iran et menace l’équilibre énergétique du Moyen-Orient produit déjà l’un de ces effets en chaîne dont l’économie mondiale a le secret, car il suffit que quelques missiles survolent une région pétrolière pour que, des milliers de kilomètres plus loin, le prix affiché sur les panneaux lumineux des stations-service françaises se mette à grimper avec l’enthousiasme d’un ballon d’hélium. Le baril de pétrole s’est ainsi envolé sous l’effet des tensions militaires et des craintes pesant sur les infrastructures énergétiques de la région, ce qui a aussitôt provoqué une hausse du prix des carburants dans les stations françaises, phénomène si rapide qu’il donne parfois l’impression que la géopolitique se lit directement sur le compteur des pompes.

Face à cette flambée qui menace le portefeuille des automobilistes avec la régularité d’un impôt supplémentaire, le gouvernement français a choisi d’agiter l’arme administrative en annonçant une vague exceptionnelle d’inspections. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a en effet demandé que la répression des fraudes réalise en urgence près de cinq cents contrôles dans les stations-service afin de vérifier que la hausse du prix du carburant correspond bien à celle du pétrole et qu’elle ne dissimule pas quelques appétits commerciaux un peu trop enthousiastes. Cette opération, concentrée sur seulement trois jours, représente l’équivalent d’un semestre entier de contrôles ordinaires, ce qui donne à l’initiative l’allure d’une descente éclair de gendarmes économiques dans l’univers feutré des pompes à essence. 

Le chef du gouvernement a d’ailleurs pris soin de préciser que la guerre au Moyen-Orient ne devait en aucun cas servir de prétexte à des hausses abusives à la pompe, avertissement qui ressemble à ces rappels à l’ordre que l’on adresse à un enfant surpris la main dans le pot de confiture, car chacun sait que les crises internationales possèdent ce pouvoir magique de transformer certaines marges commerciales en appétits insatiables. En théorie, le prix du carburant doit simplement refléter l’évolution du prix du baril et des coûts logistiques, mais dans la pratique il arrive parfois que l’addition finale ressemble davantage à une œuvre d’imagination qu’à un calcul comptable. 

Tout se passe donc comme si l’Etat soupçonnait certains distributeurs d’avoir découvert dans la guerre l’équivalent économique d’un buffet à volonté, où l’on se sert généreusement tant que la peur de la pénurie tient les consommateurs à distance de toute contestation. La situation rappelle ces restaurants touristiques où l’addition grimpe mystérieusement à mesure que le client regarde ailleurs, sauf qu’ici le décor n’est plus une terrasse méditerranéenne mais une station-service éclairée au néon, où l’automobiliste contemple le chiffre défiler sur le compteur avec la résignation d’un spectateur devant un film dont il connaît déjà la fin.

Il faut dire que l’histoire du pétrole a toujours entretenu une relation intime avec les crises politiques, car depuis des décennies chaque tension au Moyen-Orient agit sur les marchés comme une bourrasque sur un champ de blé, faisant onduler les prix avec une rapidité presque mécanique. Lorsque l’offre paraît menacée, même de façon hypothétique, les marchés réagissent aussitôt et le prix du baril grimpe, ce qui finit par se traduire quelques jours plus tard par quelques centimes supplémentaires sur les pompes françaises, ces centimes qui, multipliés par des millions de pleins d’essence, se transforment rapidement en une montagne d’euros.

Ainsi l’automobiliste français découvre une fois de plus que son plein d’essence dépend autant de la géopolitique mondiale que de la distance qui sépare son domicile de son travail, tandis que l’Etat tente de convaincre les distributeurs que la guerre n’est pas une invitation à transformer la pompe à carburant en distributeur automatique de profits. Entre les marchés qui spéculent, les compagnies qui ajustent leurs prix et les gouvernements qui promettent des contrôles, le conducteur se retrouve au milieu de cette mécanique complexe avec la même impression que le passager d’un taxi dont le compteur tourne un peu trop vite, car il soupçonne confusément que quelqu’un, quelque part, appuie légèrement sur l’accélérateur du prix. 


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