Maison-Blanche à louer : quand le locataire se prend pour le propriétaire

Il est des décisions de justice qui valent, à elles seules, un cours accéléré de droit constitutionnel, et celle qui vient de stopper net le projet de salle de bal voulu par Donald Trump en est une illustration presque pédagogique, tant elle rappelle une évidence que l’intéressé semblait avoir oubliée : la Maison-Blanche n’est pas un bien immobilier privé, mais une propriété publique, dont le président n’est que l’occupant temporaire.

Car enfin, que nous dit cette affaire, sinon qu’un chef d’Etat, grisé par l’esthétique du marbre, du doré et des volumes démesurés, a cru pouvoir transformer le siège du pouvoir exécutif en annexe de son délire immobilier, comme si la fonction présidentielle n’était qu’une extension de marque, un prolongement naturel de ses tours, de ses hôtels et de ses terrains de golf, avec, en guise de signature, une salle de bal à 400 millions de dollars, suffisamment vaste pour accueillir à la fois des convives, des caméras et, surtout, une certaine idée de lui-même ?

La scène est presque trop parfaite pour ne pas relever de la satire : un président qui rêve de lustres et de réceptions grandioses, des bulldozers qui s’activent au cœur même d’un bâtiment historique, et un juge qui, avec la sobriété toute juridique qui sied à sa fonction, vient rappeler que l’on ne transforme pas un symbole institutionnel en projet personnel, fût-il financé par des dons privés et enveloppé dans le vernis du prestige.

Il faut dire que cette tentation n’est pas nouvelle. Déjà, dans ses projets de « bibliothèque présidentielle », Donald Trump avait donné le ton, en imaginant à Miami un édifice hybride, entre musée, attraction touristique et complexe hôtelier, où l’histoire devait se contempler à proximité immédiate d’un avion présidentiel, transformé en pièce maîtresse d’un décor destiné à impressionner autant qu’à rentabiliser. Là encore, la mémoire se trouvait conviée à se plier aux exigences du spectacle, et le passé invité à produire du rendement.

Dans cette logique, la salle de bal de la Maison-Blanche n’apparaît plus comme une anomalie, mais comme la suite logique d’un même raisonnement : celui qui consiste à considérer que tout espace prestigieux doit, tôt ou tard, être amplifié, magnifié, et, si possible, monétisé, comme si la grandeur ne pouvait exister qu’à travers l’agrandissement, et la légitimité qu’à travers l’accumulation.

Mais c’est précisément là que le réel, sous la forme austère du droit, vient rappeler ses limites. Un président, aussi puissant soit-il, n’est pas propriétaire des lieux qu’il occupe. Il en est le dépositaire, le gestionnaire, le gardien temporaire, chargé non pas de les transformer à son image, mais de les transmettre intacts, ou du moins respectés, à ceux qui lui succéderont.

Et c’est peut-être là que réside, au fond, le cœur du problème : dans cette confusion persistante entre possession et fonction, entre pouvoir et propriété, entre exercice de l’autorité et appropriation personnelle. Car là où l’institution impose des limites, la mégalomanie, elle, n’en connaît aucune.

Reste alors cette image, presque ironique : celle d’un président stoppé net dans son élan architectural par un juge qui, sans éclat ni dorure, lui rappelle simplement qu’il n’est, en définitive, qu’un locataire de passage. Et qu’en matière de République, même les locataires les plus bruyants ne peuvent pas abattre les murs pour agrandir le salon.

Donald Trump a fait appel……


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