De la Bible à Pulp fiction : Ezéchiel 25-17 revisité par Tarantino et Pete Hegseth.

Il faut rendre cette justice à Pete Hegseth : il n’a pas confondu la Bible et Pulp Fiction dans un moment d’égarement. Il l’a fait en pleine conscience, dans un lieu qui s’y prêtait presque trop bien – un office religieux organisé au Pentagone, quelque part entre la chapelle et la salle d’opérations.

Ce jour-là, il ne s’agissait pas officiellement de défendre la doctrine de la « guerre juste », au sens classique de Saint Augustin ou de Thomas d’Aquin mais que le Vatican d’aujourd’hui ne reconnaît plus, depuis le pape François. Aucun raisonnement, aucun critère, aucune prudence doctrinale. Non : simplement une prière. Mais une prière qui, dans ce décor, ressemble furieusement à un briefing.

Et voici que surgit le verset – satanique, si j’ose dire :

« The path of the righteous man is beset on all sides by the inequities of the selfish and the tyranny of evil men… And you will know my name is the Lord when I lay my vengeance upon thee. »

Traduction (pour celles et ceux qui ne pratiquent pas la langue de Shakespeare) :

« Le chemin de l’homme juste est semé de toutes parts par les iniquités des égoïstes et la tyrannie des hommes mauvais… Et vous saurez que mon nom est l’Éternel quand je ferai tomber ma vengeance sur vous. »

On reconnaît la réplique – moins celle du prophète Ézéchiel que celle de l’acteur Samuel L. Jackson, quelque part entre deux exécutions stylisées. Car le véritable texte biblique, Ézéchiel 25-17, est plus sobre, presque décevant pour qui cherche un effet dramatique :

« I will execute great vengeance upon them with furious rebukes; and they shall know that I am the Lord, when I shall lay my vengeance upon them. »

Traduction : « J’exercerai sur eux une grande vengeance, avec des châtiments pleins de fureur ; et ils sauront que je suis l’Éternel, quand j’exercerai sur eux ma vengeance. »

Mais il faut comprendre la logique : dans cette liturgie militarisée, la Bible seule ne suffit plus. Il lui faut un supplément d’âme – ou plutôt un supplément de scénario. Alors Hollywood vient compléter l’Écriture, donnant au Pentagone des accents de plateau de tournage où Dieu tient le rôle principal et où la politique étrangère devient une affaire de narration.

Ce n’est donc pas une théorie de la guerre juste que propose Hegseth, mais quelque chose de plus simple et de plus efficace : une mise en scène du Bien et du Mal, où l’Iran n’est plus un acteur géopolitique mais un personnage, et où la foi sert moins à éclairer qu’à dramatiser.

A force de transformer la prière en langage stratégique, il finit par produire une étrange théologie d’état-major : les psaumes deviennent balistiques, les prophètes servent de caution morale, et les répliques de cinéma comblent les silences des Écritures.

Au fond, il ne s’agit plus de savoir si la guerre est juste. Il s’agit de savoir si elle est bien écrite et si les acteurs méritent leur cachet.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *