Ciotti découvre l’Espagne… et le droit européen.

Il est des indignations qui sentent davantage l’opportunisme que la conviction. Celle de Éric Ciotti appartient clairement à cette catégorie.

Le voilà soudain saisi d’une inquiétude existentielle : l’Espagne de Pedro Sánchez envisagerait de régulariser 500 000 migrants. Catastrophe continentale, menace civilisationnelle, péril imminent pour l’Europe tout entière. Rien que ça. Le nain sectaire, tel un coq niçois ivre de socca, monte sur ses egos pour dénoncer le péril ibère, oubliant que son ami Victor Orbàn avait mis à plusieurs reprises l’Union européenne en difficulté, en recourant plus souvent qu’à son tour à son droit de veto.

Curieusement, cette soudaine fièvre morale ne s’était pas manifestée lorsque Giorgia Meloni, pourtant érigée en modèle par une partie de la droite française, procédait à la régularisation de centaines de milliers de travailleurs étrangers. Là, silence radio. Pas un mot, pas un tweet, pas même un froncement de sourcil. Il est vrai que l’indignation sélective est devenue un art politique à part entière et que la veste, sur le sieur Ciotti, est hautement réversible.

Car enfin, de quoi parle-t-on ? De décisions souveraines prises par des Etats membres dans le cadre de leur politique migratoire, encadrée – que cela plaise ou non à M. Ciotti – par un droit européen qui interdit précisément les fantaisies unilatérales qu’il appelle de ses vœux. « Rétablir les frontières avec l’Espagne » ? L’idée ferait sourire si elle n’était pas brandie avec autant de sérieux. On ne ferme pas une frontière intérieure de l’espace Schengen comme on claque une porte de mairie après un conseil municipal agité.

Mais peut-être est-ce là le cœur du problème : confondre la gestion d’une commune – fût-elle Nice – avec celle d’un continent.

Car il y a quelque chose d’irrésistiblement comique à voir le maire de Nice, tourné vers la frontière italienne, donner des leçons de fermeté à Madrid. Comme si la Méditerranée n’était qu’un détail de géographie et l’Europe un simple décor pour déclarations martiales.

Nice, justement, sait ce que sont les flux migratoires. Elle en a été, et reste, un point de passage. Mais de cette expérience concrète, M. Ciotti ne tire pas une réflexion nuancée : seulement des slogans. Toujours plus simples que la réalité, toujours plus sonores que le droit.

Au fond, cette sortie n’a qu’un objectif : exister. Occuper l’espace médiatique. Trouver un angle d’attaque commode contre un gouvernement socialiste étranger, quitte à oublier que les faits contredisent le récit.

L’Europe mérite mieux que ces indignations à géométrie variable. Elle mérite un débat sérieux, informé, et surtout cohérent. A défaut, elle devra continuer à supporter ces coups de menton qui, à force de se répéter, finissent par sonner creux.

Et pendant ce temps, les frontières – les vraies, celles du droit et de la réalité – restent obstinément fermées aux approximations.


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