Ciotti : le 4ème roi hommage.

Dans la politique française, certains élus cultivent les dossiers, d’autres les réseaux, et quelques-uns semblent avoir choisi une vocation plus originale : l’hommage. Eric Ciotti paraît appartenir à cette dernière catégorie, tant il semble nourrir une passion particulière pour les minutes de silence et les cérémonies commémoratives.

Il avait déjà proposé que la République rende un hommage national à Brigitte Bardot, ce qui aurait constitué une innovation institutionnelle intéressante en permettant d’inscrire les plateaux de cinéma et les refuges pour animaux dans la liturgie républicaine. L’idée n’avait pas prospéré, mais elle révélait déjà un tempérament porté vers les cérémonies.

L’homme ne s’est pas arrêté là. Après la mort tragique du jeune militant Quentin Deranque, tué lors d’une rixe entre militants, Ciotti a demandé qu’une minute de silence soit observée à l’Assemblée nationale. La politique française possède depuis longtemps un goût prononcé pour la symbolique, et certains responsables semblent considérer l’hémicycle comme une chapelle civique où l’on peut faire sonner les cloches du recueillement dès que l’actualité s’y prête.

La vocation liturgique du député ne s’arrête d’ailleurs pas aux cérémonies. C’est encore à son initiative qu’a été créée une commission parlementaire chargée d’examiner les pratiques de l’audiovisuel public, laquelle s’est transformée en tribunal improvisé où des journalistes comme Patrick Cohen ou Thomas Legrand furent auditionnés avec une gravité qui rappelait parfois davantage l’instruction d’un procès que la curiosité d’une commission d’enquête.

Ainsi va la vie publique française, où certains responsables politiques semblent osciller entre deux vocations complémentaires : organiser des hommages et instruire des procès symboliques. La République, qui fut jadis un régime de débats, tend parfois à ressembler à une succession de cérémonies entrecoupées d’auditions solennelles.

Dans ces conditions, on peut imaginer que cette passion pour les hommages pourrait bientôt s’étendre à d’autres domaines. A Nice, la bataille municipale oppose Ciotti au maire sortant Christian Estrosi, et les observateurs annoncent un duel serré. Si d’aventure le candidat Ciotti devait l’emporter dimanche prochain, il pourrait être tenté d’ajouter une nouvelle cérémonie à son répertoire.

On verrait alors les élus niçois se lever gravement, la salle se plonger dans un silence solennel, et quelques secondes de recueillement être observées à la mémoire politique de Christian Estrosi, disparu de la mairie mais heureusement toujours vivant par ailleurs.

A ce rythme, la République finira peut-être par créer un ministère chargé des hommages, des minutes de silence et des commémorations électorales.

Et chacun sait déjà quel député possède l’expérience nécessaire pour en prendre la direction.


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