FAFO est un acronyme anglais très utilisé dans les milieux virilistes et trumpistes. Il signifie « Fuck Around, Find Out », que l’on peut traduire (poliment) par : « joue au malin et tu verras ce qui t’arrive ». Ces quatre lettres sèches claquent comme une menace condensée, un avertissement brutal, l’aveu d’un monde où l’argument a cédé la place au rapport de force. Rien d’étonnant de la part d’un homme qui maîtrise et use, tout au mieux, de cinq cents mots. (Comme mon voisin) ….
Donald Trump a donc fait installer à la Maison-Blanche une photo de lui-même accompagnée de cette légende d’une vulgarité revendiquée : « FAFO ». Le message est limpide. Il ne s’agit ni d’humour ni de provocation gratuite, mais d’un aveu politique. C’est un manifeste condensé en un seul mot, la déclaration nue d’un pouvoir qui ne cherche plus à convaincre, mais à intimider ; qui ne parle plus au droit, mais aux réflexes ; qui ne gouverne plus, mais somme.
« FAFO » n’est pas une devise. Ce n’est ni « Liberté, égalité, fraternité », ni « E pluribus unum ». C’est un graffiti de vestiaire, l’équivalent rhétorique d’un phallus griffonné au marqueur (Trump les affectionne particulièrement) sur un mur sale de parking ou de toilettes, un slogan de mâle blessé persuadé que la peur tient lieu de respect. L’afficher au cœur du pouvoir exécutif américain revient à transformer la Maison-Blanche en salle de musculation idéologique, où l’on remplace la diplomatie par le rictus, le droit par le biceps, et la parole par la posture. Quelle imposture !
Car Trump ne se contente plus d’aimer sa propre image : il la sacralise, à l’instar des empereurs romains. Le narcissisme n’est plus, chez lui, une pathologie individuelle, c’est devenu une ligne politique. Là où d’autres présidents exposaient des constitutions, des livres ou des symboles historiques, Trump érige son propre reflet en emblème national, affiche un slogan de voyou, convaincu qu’un État se gouverne comme une rixe entre bandes rivales. L’État se réduit à sa silhouette, la loi à son humeur, la République à son ego.
Et comment ne pas entendre, dans ce martèlement de consonnes, une rime ancienne, lourde de cendres et de ruines, rime plus sombre, plus européenne, plus chargée d’histoire : « facho ». La rime n’est pas gratuite. Elle signale une parenté de méthode : même goût pour l’intimidation, même mépris des contre-pouvoirs, même fascination pour l’homme providentiel persuadé que son instinct vaut constitution, que sa petite personne vaut institution. Trump n’est comparable qu’à lui-même, et c’est précisément cela qui inquiète : un pouvoir sans autre limite que son propre reflet.

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