Le culte de l’enfant-roi : une pépinière pour futurs cas soc ?

Le culte de l’enfant-roi prospère sur une confusion fort préjudiciable voire fatale : celle qui prend la démission pour de l’amour et l’abandon de toute règle pour de la bienveillance. Sous couvert de protéger l’enfant, on le prive en réalité de ce dont il a le plus besoin : des limites, des repères, des interdits clairs qui structurent et rendent le monde intelligible. L’autorité n’est plus pensée comme un cadre, mais comme une violence ; le « non » est vécu comme une blessure narcissique infligée à l’adulte lui-même.

Cette éducation permissive autorise tout, justifie tout, excuse tout. Elle transforme le désir en droit immédiat et la frustration en injustice insupportable. L’enfant n’apprend plus à attendre, à renoncer, à composer avec la réalité ; il apprend que le monde doit se plier à lui. On l’élève dans l’illusion d’une toute-puissance fragile, soigneusement entretenue par des adultes qui redoutent plus que tout d’être impopulaires et d’avoir à essuyer une bordée de cris stridents.

Mais les lendemains risquent de déchanter. Le réel, lui, n’a ni patience ni pédagogie, il se contente d’exister dans son irréfragable dureté marmoréenne. Il oppose des refus, impose des contraintes, exige des efforts. Et l’enfant devenu adulte, jamais préparé à la contradiction ni à l’échec, vit chaque limite comme une agression, chaque règle comme une oppression, chaque responsabilité comme une persécution.

En prétendant aimer sans contraindre, on fabrique des individus désarmés face au monde, incapables de supporter la frustration et prompts à réclamer que la société s’adapte à leurs fragilités. C’est là l’un des invariants du cas soc. Ce culte de l’enfant-roi n’émancipe pas : il infantilise. Il ne protège pas : il expose. Et sous couvert de douceur, il prépare des existences brutales, heurtées, toujours en conflit avec un réel qui, lui, ne cède jamais.


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