Le rassemblement national ou l’art de rouvrir les maisons closes tout en fermant les utérus.

La République avance, fière et droite dans ses bottes (de cuir verni), grâce à une nouvelle fulgurance législative du Rassemblement National : rouvrir les maisons closes. Car évidemment, quoi de plus moderne, en 2025, que de recycler les bonnes vieilles recettes du 19ème siècle – le corset moral pour les femmes respectables, et le bordel réglementé pour les autres. Le député Jean-Philippe Tanguy est un homme moderne !

Ainsi, pendant que le parti vote consciencieusement contre la PMA pour les mères porteuses – parce que, soyons sérieux, une mère qui porte un enfant pour autrui, c’est l’effondrement de la civilisation – il milite activement pour encadrer les « établissements de tolérance. Traduction : on interdit à la science de s’occuper des corps quand elle aide à donner la vie, mais on l’encourage quand il s’agit d’organiser leur location à l’heure.

La cohérence idéologique est impressionnante : la femme ne doit surtout pas disposer de son corps pour fonder une famille autrement qu’en silence, en victime sacrificielle et en robes longues, de préférence le samedi soir. En revanche, qu’elle puisse le louer dans une maison close sous contrôle administratif, avec fiche de pointage et numéro de matricule, voilà un progrès social digne des plus grands penseurs. Hugo, relève-toi, ils sont devenus fous.

Le Rassemblement National invente ainsi un nouveau féminisme d’État : pas de PMA, mais un Planning Minutieux des Passes. Pas de liberté reproductive, mais un horaire syndical pour le trottoir. La modernité, la vraie.

La maison close version Tanguy aura pour nom « coopérative » Ce terme exhale des relents de terroir et fait jaillir des montagnes de grappes de raisin et des hectolitres de lait. Entre la grappe et le pis, la coopérative prostitutionnelle devra trouver sa place au soleil…Adepte sans le vouloir ou le savoir d’une idéologie de gauche – l’autogestion – JPT (qui n’a rien d’une intelligence artificielle) milite pour des coopératives autogérées par les prostituées elles-mêmes. Cette « prostitution encadrée » offriraient aux travailleuses du sexe des lieux qui échapperaient au contrôle des proxénètes et à leurs coups / coûts mais non aux coups de butoir / butor de leurs clients. Selon JPT il faudrait abandonner le terme de « maison close » – trop négativement connoté – pour lui substituer un nouveau nom. Changer de nom change-t-il la chose ?

Dans un ouvrage célèbre et déjà ancien (1966), Les Mots et les choses, Michel Foucault introduisait le concept d’épistémé (sol profond du savoir). L’idée est que chaque époque repose sur un cadre de pensée implicite qui délimite ce qui est vrai / faux , ce qui peut être dit / ne pas être dit, ce qui est pensable / impensable. Il en résulte que nous ne pensons pas librement : nous pensons à l’intérieur de ce cadre. Ce que nous croyons penser librement est en réalité pensé pour nous par l’époque. Toute époque est donc prisonnière de son épistémé. Ainsi JPT nous oblige à changer d’épistémé, à changer de cadre de pensée : hier à la prostitution étaient attachés des termes comme vice, honte, clandestinité. Demain, si l’on chausse les lunettes de JPT, nous serons amenés à considérer la prostitution comme une activité à gérer, encadrer, rationaliser. Non à la PMA, oui aux PME du sexe.

Et qu’on ne s’y trompe pas : il s’agit évidemment de « protéger » les femmes, Comme on protège un produit fragile : entre deux contrôles sanitaires et une grille tarifaire préfectorale. La dignité, chez eux, se mesure au nombre de formulaires.

En résumé, le message est clair : donner la vie, c’est suspect. Vendre son corps, c’est républicain. La morale est sauve, la maison close rouvre, et la cohérence politique ferme boutique.

Pourquoi refuser la monétisation du corps des femmes Monsieur Tanguy ?

Refuser la monétisation du corps des femmes, c’est défendre un principe fondamental : le corps humain n’est pas une marchandise. Accepter sa mise en vente, même sous couvert de « régulation » ou de « liberté de choix », revient à poser un prix sur la dignité humaine. Une société qui commence à tarifer les corps ouvre la porte à une logique où la vulnérabilité devient un marché.

Dans les faits, la « liberté » invoquée est souvent biaisée. La grande majorité des femmes qui entrent dans la prostitution le font sous la contrainte économique, sociale ou psychologique. Ce n’est pas un choix abstrait entre options équivalentes, mais une stratégie de survie. Légaliser ou rouvrir les maisons closes ne protège pas ces femmes : cela organise, structure et rend acceptable un système fondé sur leur exploitation.

Monétiser le corps des femmes renforce aussi une vision archaïque : celle où le corps féminin devient un service à disposition, un bien consommable. Cela installe durablement l’idée que le désir masculin a une valeur marchande, et que l’intégrité des femmes peut être négociée.

Enfin, refuser cette monétisation, ce n’est pas nier les difficultés sociales : c’est justement appeler à d’autres réponses politiques – éducation, protection sociale, accompagnement – qui élèvent les personnes au lieu de les transformer en produits. Une société progresse quand elle protège les plus vulnérables, pas quand elle organise leur mise en marché.

La SCOP du désir durable

Enfin une grande avancée sociale : la prostitution version circuit court. Fini le vilain proxénète moustachu, bonjour la coopérative éthique du plaisir responsable. Ici, le corps n’est plus exploité : il est mutualisé. Chaque membre devient associé, actionnaire de ses propres charmes, avec assemblée générale annuelle : « Point n°3 : validation du tarif nuit + option gémissements certifiés bio ».

La maison close devient un open space de l’intimité, avec badge à l’entrée, planning partagé et audit qualité sur la satisfaction client. On ne dit plus « passe-moi ta culotte », mais : « puis-je bénéficier de ton service premium dans le cadre du projet coopératif 2025 ? »

Bientôt, grâce au progrès, il y aura des labels :

  • Plaisir équitable
  • Soupirs durables
  • Gémissements sans pesticide ni OGM

Et bien sûr, un comité d’éthique pour vérifier que l’orgasme reste républicain. La France, patrie des droits de l’Homme, invente enfin le corps en libre-service encadré par le Code du travail. Prochaine étape : le SMIC de la caresse et la prime Macron pour ébats exceptionnels.

La Star-up Nation du Plaisir

Après l’ubérisation des taxis, voici l’ubérisation de la caresse. Bienvenue dans la SCOP du plaisir citoyen, où l’on ne vend plus son corps : on optimise son capital charnel. Ici, chaque soupir est traçable, chaque frisson déclaré, chaque gémissement déclaré aux impôts. Le plaisir devient une chaîne de valeur avec KPI, courbe de performance et tableau Excel du désir. Fini le péché : place à la prostitution en circuit court, locale, responsable, labellisée « Origine France Frissons ». On ne dit plus « je te paie », on dit : « J’investis dans ton potentiel érotique et émotionnel ». Les corps entrent en bourse, l’intimité fait son introduction sur le CAC 40, et l’acte devient une stratégie de croissance durable.

« Tu n’es pas une marchandise », disait-on. Erreur : tu es désormais un produit premium, avec service après-vente et garantie satisfaction. Vive la France, patrie du droit du travail… appliqué aux draps.


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