LIBERTE EGALITE ET PDF
A celles et ceux qui souffrent d’une phobie administrative et n’ont pas déclaré leurs revenus depuis 2014
- « L’administration est cette machine qui naît dans l’enthousiasme des réformes et mûrit dans la patience des formulaires. »
- « Toute administration commence par une promesse d’ordre et s’achève en leçon de patience. »
- « L’administration est un poème épique dont chaque vers doit être tamponné. »
- « L’administration est l’art délicat de transformer une idée simple en parcours initiatique. »
- « L’administration ne refuse rien : elle vous invite seulement à revenir avec le document que personne ne vous a demandé la première fois. »
- « L’administration est une conversation où la réponse précède toujours la question… mais jamais la vôtre. »
- « Là où le citoyen voit un problème, l’administration aperçoit un formulaire. »
- « L’administration est une cathédrale dont les piliers sont en papier. »
- « On entre dans l’administration avec un dossier ; on en sort avec une philosophie. »
- « L’administration est la preuve que l’infini peut tenir dans une file d’attente. »
- « L’administration est ce lieu où votre problème devient votre faute. »
- « Elle ne dit jamais non, elle dit « revenez demain », ce qui est une manière civilisée de refuser. »
- « L’administration simplifie tout : surtout votre espoir. »
- « Le citoyen apporte une question, l’administration fabrique un dossier. »
- « Le formulaire est à l’administration ce que la poudre était à l’Ancien Régime : un instrument de maintien de l’ordre. »
- « Dans l’administration, le document manquant est toujours celui qui n’existe pas. »
- « Un dossier bien suivi est un dossier que personne ne retrouve. »
- « L’administration est un labyrinthe qui distribue les plans à la sortie. »
- « Elle adore les cases, surtout celles où vous ne rentrez pas. »
- « Le tampon est un animal mythologique dont on entend parler, mais qu’on ne voit jamais au bon moment. »
Version façon moraliste du 17ème siècle
- « L’administration est une puissance lente, mais sûre d’elle-même, car elle sait que le temps travaille pour elle. »
- « Qui veut hâter l’administration apprend d’abord la patience, puis la résignation. »
- « L’homme pressé s’agite, l’administration demeure. »
- « Les bureaux ont cette vertu étrange de fatiguer les corps avant d’éclairer les esprits. »
- « L’administration console les puissants et instruit les humbles par l’attente. »
- « L’optimisme est de raison, le pessimisme est de l’administration »
Version pamphlet révolutionnaire :
- « Citoyens, l’administration n’est point un service : c’est une épreuve initiatique déguisée en guichet. »
- « On ne naît pas usager, on le devient, à force d’attente et de signatures inutiles. »
- « Là où le peuple demande justice, l’administration propose un formulaire en trois exemplaires. »
- « Le despotisme ancien levait l’impôt, l’administration moderne lève le stylo. »
- « Le papier règne là où la raison abdique. »
- « Le tampon est le sceptre de cette monarchie de carton. »
- « On a renversé les rois, mais les bureaux sont restés debout. »
- « L’administration est une Bastille sans murs dont chaque porte donne sur un autre couloir. »
- « Peuple, méfie-toi : derrière chaque simplification sommeille un formulaire nouveau. »
- « La Révolution a proclamé la liberté ; l’administration a inventé la pièce justificative. »
Citoyennes, citoyens,
Frères, sœurs, et vous surtout, usagers du guichet numéro 12 qui n’ouvre que les mardis impairs de 9h17 à 9h23, sauf jour férié, veille de pont, lendemain de formation interne et période de migration informatique, l’heure est grave. La Patrie n’est plus en danger : elle est en attente de validation.
Depuis trop longtemps, un joug invisible pèse sur nos épaules courbées : non celui des rois, non celui des tyrans, mais celui, plus sournois encore, du Dossier Complet.
On nous avait promis la liberté, l’égalité, la fraternité… on nous a donné le Cerfa, le double exemplaire, et la chemise cartonnée bleu pâle. Bleu pâle, cette couleur officielle de l’espérance administrative, qui signifie : « vous n’êtes qu’à trois justificatifs du bonheur ».
Peuple ! On t’a fait croire que tu étais citoyen. Mais que vaut ta souveraineté quand ton existence même dépend d’un justificatif de domicile de moins de trois mois, alors que tu habites au même endroit depuis la chute de l’Ancien Régime ? Même tes murs ont plus d’ancienneté que ton dossier.
Autrefois, on perdait la tête sur l’échafaud. Aujourd’hui, on la perd devant le scanner. Et parfois aussi devant le mot de passe que tu viens de réinitialiser… pour la troisième fois… il y a huit minutes.
Je vous le demande : qu’est-ce qu’un homme libre ? Est-ce celui qui vote ? Non ! C’est celui dont le dossier est « en cours de traitement » depuis moins de six mois.
Voyez ces ministères, ces préfectures, ces mairies, ces plateformes numériques qui vous accueillent avec ces mots terribles : « Votre demande a bien été prise en compte. »
Prise en compte ! C’est vous qui êtes pris en otages ! Citoyens, cela signifie : jetée dans l’abîme administratif, là où s’empilent les requêtes, où se dessèchent les espérances, où résonne à jamais le rire lointain et grinçant d’une imprimante hors service, gardienne sacrée du royaume, capable d’avaler 200 feuilles mais de refuser la vôtre, parce que vous avez osé utiliser du papier 80 grammes.
Ils vous parlent de République, mais ils vous gouvernent par la pièce jointe. Ils invoquent la Nation, mais ils exigent un PDF inférieur à 2 mégaoctets. Deux mégaoctets ! Même la photo de ton chat est jugée trop volumineuse pour la Patrie.
Peuple ! Tu as abattu la Bastille, il te reste à abattre le portail en ligne qui ne reconnaît jamais ton mot de passe.
On te demande ton acte de naissance pour prouver que tu existes. Mais qui, je vous le demande, a vu naître l’Administration ? Qui a signé son extrait d’existence ? Qui a validé son tampon ? Qui a coché la case « Administration : oui / non » ?
Je vous le dis avec la solennité d’un homme qui a attendu quarante minutes pour entendre « Revenez avec une photocopie recto-verso » : le vrai despotisme n’a pas de visage, il a un guichet. Et parfois un badge « stagiaire », ce qui signifie que personne ne sait rien, mais avec beaucoup de bonne volonté.
On nous surveille, non par des espions, mais par des cases à cocher. On nous juge, non par des tribunaux, mais par des formulaires mal remplis. On nous condamne à l’errance, de service en service, tels des âmes en peine cherchant le bureau 4B qui se trouve, bien entendu, dans un autre bâtiment, dont l’entrée est derrière un portillon, dont le code est affiché sur un panneau… à l’intérieur.
Citoyennes, citoyens, le moment est venu de proclamer des droits nouveaux :
- Le droit inaliénable à une réponse claire.
- Le droit sacré à un site qui fonctionne après 22 heures.
- Le droit imprescriptible à un humain au bout du téléphone, et non à une voix qui dit : « Tapez 3. »
- Et le droit fondamental à ce qu’on ne te demande pas un document que tu as déjà fourni… « mais au bon format cette fois ».
Et s’il le faut, nous marcherons ! Nous marcherons sur les marches de la mairie ou de la préfecture ! Nous brandirons nos classeurs ! Nous secouerons nos pochettes plastiques comme des drapeaux de la dignité retrouvée ! Le vent de l’Histoire fera claquer le polypropylène !
Qu’ils tremblent, les despotes du tampon humide ! Qu’ils pâlissent, les barons du « dossier incomplet » ! Car le peuple s’éveille, et il a toutes les pièces justificatives, même celles dont personne ne sait à quoi elles servent, mais « au cas où ».
Citoyens, l’Histoire nous regarde. Et elle exige, elle aussi, un formulaire dûment rempli. Vive la République. À bas la paperasse. À l’échafaud le CERFA.
Retentissent les premières paroles de la Marseillaise :
« Allons enfants de la patrie
Le jour de gloire est arrivé… »
…merci de patienter, votre hymne est important pour nous.

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