La publicité d’Intermarché : le bonheur amoureux, c’est 5 fruits et légumes quotidiens.

Il est fascinant de constater à quel point une simple publicité pour des fruits et légumes peut réussir à condenser, en moins de deux minutes, un traité complet de sociologie amoureuse, un manuel de développement personnel et une leçon de morale nutritionnelle, le tout enveloppé dans une lumière douce et une musique suffisamment mélancolique pour nous faire croire que la carotte râpée est la clé du salut sentimental.

Le scénario est d’une simplicité presque biblique : un jeune homme, manifestement investi d’une mission civilisatrice, intime à sa compagne l’ordre de « grandir » tandis qu’elle croque un cheeseburger comme on commettrait un péché véniel, et l’on comprend aussitôt que dans cette nouvelle Genèse amoureuse, la maturité ne se mesure ni à la profondeur des sentiments ni à la solidité du caractère mais à la teneur en fibres du contenu de l’assiette.

La jeune femme, abandonnée pour cause de malbouffe, erre alors dans les rayons d’Intermarché comme d’autres traversaient jadis le désert à la recherche d’une révélation, et lorsque surgit l’ex accompagné d’une nouvelle compagne dont on devine – au vu de sa silhouette – qu’elle consomme probablement du quinoa avec sérénité, elle opère une conversion alimentaire aussi spectaculaire qu’une illumination mystique, se ruant sur les fruits, les légumes et les graines avec la ferveur d’une pénitente décidée à racheter ses frites passées.

La métamorphose est immédiate, presque magique, car dans l’univers publicitaire la tomate cerise possède des vertus que les philosophes ont longtemps cherchées en vain : elle répare les cœurs brisés, raffermit l’estime de soi et, accessoirement, ravive la flamme masculine, si bien que le téléphone finit par sonner comme une récompense céleste accordée à celle qui a su substituer l’avocat au bacon.

Il faut reconnaître à cette fable contemporaine un certain talent, car elle parvient à nous faire accepter avec un sourire attendri l’idée selon laquelle l’amour, loin d’être une affaire de complexité humaine, relèverait d’une simple correction de panier moyen, et que la reconquête d’un homme passerait moins par une conversation sincère que par une salade composée convenablement assaisonnée.

Ce qui est charmant, c’est que tout cela demeure « mignon », comme on dit aujourd’hui, parce que la mise en scène enveloppe la morale d’une tendresse qui désarme la critique, et que l’on se surprend presque à espérer que la jeune femme retrouvera son amoureux grâce à ses brocolis, comme si la grande tragédie romantique du 21ème siècle se jouait désormais entre le rayon surgelés et l’étal des produits frais.

Mais derrière cette douceur scénarisée se glisse une petite leçon plus sérieuse : dans notre société, grandir ne signifie plus seulement évoluer intérieurement, cela signifie optimiser son mode de vie, ajuster son alimentation, lisser son image, devenir compatible avec les attentes du marché, et si possible le faire sous l’enseigne d’un distributeur bienveillant qui vous accompagne dans votre transformation.

Ainsi l’amour devient pédagogique, la rupture nutritionnelle, et la réconciliation un simple effet de panier, et l’on sort de cette publicité à la fois attendri et légèrement perplexe, car il est toujours troublant de découvrir que, pour mériter un « je t’aime », il suffit peut-être de changer de rayon et de renoncer au bacon et aux chips.


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