Aux exilées de luxe en état d’alerte.

Mesdames aux lèvres surlignées comme des communiqués de presse, aux pommettes sculptées par des architectes plus assidus que vos professeurs de géographie, aux silhouettes redessinées avec l’ardeur d’un promoteur immobilier en quête de skyline, permettez qu’on vous adresse, depuis cette vieille France que vous disiez moribonde, un salut à la fois poli et légèrement amusé.

Vous étiez parties, drapées dans une indignation instagrammable, dénonçant le « déclin », la « pente », le « pic » – confusion topographique qui en disait plus long que tous vos stories – persuadées qu’à quelques milliers de kilomètres, sous le soleil vertical de Dubaï, l’existence se déroulerait comme un filtre permanent : lisse, rentable, sécurisée, sponsorisée.

Il est toujours touchant de voir à quelle vitesse le mot patrie reprend des couleurs quand les sirènes ne sont plus celles des soldes mais celles de l’inquiétude.

La France, que vous trouviez trop grise, trop tatillonne, trop fiscale, trop libre parfois, vous apparaît soudain comme un refuge administratif, une mère un peu sévère mais providentielle, capable d’envoyer un avion quand le décor devient moins photogénique. Ce pays dont vous moquiez la « décadence » retrouve brusquement des vertus : hôpitaux, passeports, protection consulaire, État de droit – ces vieilleries peu glamour mais diablement efficaces.

On découvre ainsi qu’il est plus aisé de changer de visage que de changer de nation, plus simple de refaire un profil que de refaire une histoire.

Qu’on se rassure : nul ne vous conteste le droit de vivre où bon vous semble. L’exil fiscal, affectif ou esthétique fait partie des libertés modernes. Mais il est délicat de brûler la maison familiale en story et de frapper ensuite à la porte quand le vent tourne.

La République, voyez-vous, n’est ni un décor ni un sponsor. Elle n’est pas un fond vert que l’on remplace selon l’algorithme. Elle est ce cadre un peu ingrat qui tient debout même quand les façades s’effondrent.

Alors oui, revenez si vous le souhaitez. La France a l’habitude des enfants prodigues, même quand ils ont troqué la fable contre le placement de produit. Mais peut-être, au moment de poster la première photo du retour, pourrez-vous éviter les leçons et préférer la gratitude.

Cela ferait, pour une fois, un filtre tout à fait inédit.


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