La papauté dans la principauté.

Il fallait bien que cela arrive : les deux plus petits Etats du monde ont décidé de se regarder dans le miroir – et d’y voir, chacun à sa manière, une forme d’éternité. D’un côté, la cité du Vatican, royaume du salut des âmes ; de l’autre, Monaco, principauté du salut… des capitaux. Entre les deux, une visite historique, puisqu’il aura fallu attendre près de cinq siècles pour qu’un souverain pontife daigne fouler le Rocher. C’est dire si l’événement relève du miracle – ou d’un subtil alignement des intérêts célestes et fiscaux.

Léon XIV est donc attendu en grande pompe. Au programme : recueillement, bénédictions, rencontres officielles… et, bien sûr, visite des lieux saints. À Monaco, la notion mérite d’être précisée.

Car s’il est un sanctuaire incontournable, un cœur battant où se joue le destin des fidèles, c’est bien le Casino de Monte-Carlo. Là, point de cierges, mais des jetons ; point de confession, mais des mises ; point d’absolution, mais des probabilités. Le miracle n’y est pas promis, mais il est espéré à chaque tirage, à chaque tour de roulette, dans une ferveur toute statistique.

On imagine sans peine la scène : le pape avançant sous les ors, observant ces fidèles penchés sur le tapis vert, murmurant des prières muettes au dieu Hasard. Ici, la transcendance se mesure en pourcentage, et la grâce se calcule en rendement.

Après tout, les similitudes ne manquent pas. Dans les deux Etats, on croit. On croit à l’invisible, à la chance, à la providence. On s’en remet à plus grand que soi, qu’il s’agisse de la divine volonté ou d’une bille d’ivoire lancée dans une course circulaire. Et dans les deux cas, la foi est souvent récompensée… mais pas toujours pour les mêmes.

Cette rencontre entre le spirituel et le spéculatif a quelque chose d’éminemment contemporain. Elle dit notre époque, où les frontières entre sacré et profane se brouillent, où l’argent a parfois des allures de divinité moderne, et où les temples changent de forme sans perdre leur pouvoir d’attraction.

Il fallait sans doute cinq siècles pour que ces deux mondes se rencontrent officiellement. Le temps que chacun affine sa liturgie : d’un côté, celle de l’âme ; de l’autre, celle du portefeuille.

Reste à savoir si, au moment de repartir, chacun aura converti l’autre – ou si tous deux se seront simplement reconnus, en silence, comme les deux faces d’une même croyance : celle que quelque chose, quelque part, peut encore nous sauver.

Cinquante ans. Un demi-siècle que nous avançons d’une heure avec la discipline d’un régiment et la résignation d’un troupeau bien élevé. Le passage à l’heure d’été, inventé dans la foulée du choc pétrolier de 1973, devait sauver le monde — ou, à tout le moins, quelques barils de pétrole. Un geste simple, presque héroïque : déplacer le temps pour économiser l’énergie. Il fallait y penser.


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