« In Trump we trust »

Il fallait bien que cela arrive. Après les tours, les steaks, les universités, les casquettes, les slogans, les murs et les vérités alternatives, voici venu le temps du dollar signé. Non plus l’homme sur le billet, mais sa signature sur le billet – nuance essentielle. L’effigie attendra : mais l’idée, déjà, le démange. Mieux : l’homme ne se contente plus de figurer, il paraphe. Et c’est une première dans l’histoire américaine : jamais un président en exercice n’avait apposé sa signature sur les billets de banque. À ce stade, Donald Trump ne gouverne plus seulement une nation, il franchit un cap métaphysique : il s’imprime lui-même dans la réalité.

On connaissait l’hybris antique, celui des héros grecs défiant les dieux avant de finir écrasés par leur propre démesure. Nous assistons désormais à une version moderne, dorée, coiffée, peroxydée et autosignée. Le Kennedy Center ? Trop discret. Le voilà rebaptisé – « Trump Kennedy Center » – comme si l’Histoire devait passer sous franchise. Et maintenant, les billets. Le billet vert, ultime symbole de la puissance américaine, devient une sorte de carte de visite narcissique : « In Trump we trust ».

Il faut imaginer la scène. Le citoyen américain, autrefois banal porteur de monnaie, devient malgré lui diffuseur d’image présidentielle. Chaque transaction devient un acte de communication. Acheter un café ? Vous offrez une signature. Payer son loyer ? Vous distribuez un paraphe. Donner l’aumône ? Vous évangélisez. Le dollar n’est plus une monnaie : c’est un autographe en circulation.

Certains y verront un geste d’autorité, d’autres un coup de génie marketing. Les plus indulgents parleront d’un président « proche du peuple ». Les plus lucides évoqueront un symptôme : celui d’un pouvoir qui ne se contente plus d’exercer sa fonction, mais qui exige d’habiter tous les symboles, tous les espaces, toutes les poches. Il serait même question de déboulonner la statue de la Liberté – surtout compte tenu du refus français d’envoyer des troupes dans le détroit d’Ormuz — pour la remplacer par un colosse doré à l’image de Trump.

Car enfin, pourquoi s’arrêter là ? Après la signature sur les billets, pourquoi pas sur les nuages ? Sur les plaques d’immatriculation des étoiles ? Sur les battements de cœur de la nation ? Une Constitution annotée à la main, un serment présidentiel transformé en slogan publicitaire, une devise nationale remplacée par un hashtag.

Le problème, ce n’est pas la signature. C’est le besoin de signer partout.

Il y a dans cette frénésie une peur presque enfantine : celle de disparaître. Comme si gouverner ne suffisait pas, comme si l’exercice du pouvoir devait être prolongé par une empreinte permanente, indélébile, obsessionnelle. Comme si l’Histoire, cette vieille dame capricieuse, risquait d’oublier – et qu’il fallait lui forcer la mémoire à coups de GROS marqueur.


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