Alors que ses collègues continuaient à empiler laborieusement des publications que seuls trois spécialistes lisaient avec une attention polie, attendant patiemment une reconnaissance de l’Académie, ce professeur, Florent Montaclair, enseignant de lettres en Franche-Comté, eut l’intuition qu’il existait une voie infiniment plus efficace vers la reconnaissance, puisqu’elle consistait non pas à attendre une consécration hypothétique, mais à en produire soi-même les conditions avec suffisamment de sérieux apparent pour décourager toute vérification.
C’est ainsi qu’en 2016, il annonça avoir reçu une prestigieuse « médaille d’or de philologie », qu’il présenta avec un aplomb tranquille comme l’équivalent d’un prix Nobel dans son domaine, alors même que cette distinction, dont le prestige semblait aller de soi pour quiconque n’y regardait pas de trop près, relevait en réalité d’une construction entièrement maîtrisée.
Lorsqu’il entreprit de créer, avec un soin presque artisanal, une institution savante dont le nom, rédigé dans un anglais impeccable et légèrement emphatique, évoquait à la fois la tradition universitaire et une forme d’autorité internationale indiscutable, il ne fit finalement que reproduire les signes extérieurs de légitimité auxquels le monde académique est le plus sensible, ce qui lui permit d’imaginer une distinction dont la force reposait moins sur son existence réelle que sur la cohérence de sa mise en scène.
Lorsqu’il se décerna cette médaille, au terme d’un processus dont il maîtrisait évidemment chaque étape, il ne rencontra aucune résistance, car il s’inscrivait parfaitement dans un système où l’apparence de légitimité prévaut sur son examen, de sorte que la mise en scène d’un honneur suffit à produire les effets sociaux de cet honneur.
Il faut dire que la cérémonie, organisée dans un cadre suffisamment solennel pour impressionner sans inquiéter, acheva de convaincre ceux qui n’avaient de toute façon aucune raison de douter, puisque la présence d’élus, de discours calibrés et de photographies officielles constitue aujourd’hui une preuve bien plus convaincante que n’importe quelle enquête. Et le recours aux réseaux sociaux ne peut qu’amplifier ce phénomène, en transformant une validation locale en évidence publique voire internationale, où la répétition tient lieu de vérification et où la visibilité finit par se confondre avec la vérité.
Ce qui frappe, dans cette affaire, ne tient donc pas tant à l’audace de Florent Montaclair qu’à la docilité d’un environnement qui, parce qu’il valorise avant tout les signes visibles de la reconnaissance, accepte sans difficulté qu’on lui en fournisse une version clé en main.
On pourrait croire qu’il s’agit d’une imposture, mais il serait plus juste d’y voir une démonstration, puisque cet homme n’a finalement fait que révéler, avec une clarté presque pédagogique, que la valeur symbolique d’une récompense dépend moins de sa réalité que de la croyance collective qu’elle parvient à susciter.
Et si l’on s’interroge sur la morale d’une telle histoire, il devient difficile de condamner entièrement celui qui a su exploiter les règles implicites d’un jeu dont il n’est, au fond, que le plus lucide des participants, puisqu’il a compris avant les autres que, dans certains milieux, il ne suffit pas d’être reconnu pour exister, mais qu’il est parfois plus simple d’exister en organisant sa propre reconnaissance.


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