Il y a deux façons de regarder le monde.

La première consiste à observer que tout va mal, à considérer l’amour comme une illusion thermodynamique, un simple frottement d’épidermes, et à conclure que l’humanité s’enfonce lentement dans une fatigue sans remède. Dans ce registre, Michel Houellebecq s’impose avec la régularité d’un bulletin météo qui annoncerait la pluie pour l’éternité. Avec Combat toujours perdant, il ne surprend pas, puisqu’il reconduit fidèlement ses thèmes, la dépression demeure intacte et le désenchantement reste parfaitement réglé, ce qui finit presque par rassurer, tant la constance du pessimisme a quelque chose de familier.
La seconde consiste à penser que, malgré les drames, les ruptures et les comas, quelque chose comme la tendresse peut encore circuler entre les êtres humains – parfois même avec une petite musique de fond. David Foenkinos excelle dans cet art délicat de ne pas désespérer tout à fait. Dans Tout le monde aime Clara, il nous rappelle que la vie est dure, certes, mais qu’elle peut aussi être accompagnée d’un plaid.
D’un côté, un homme qui semble écrire après la fin du monde. De l’autre, un homme qui écrit comme si le monde, finalement, méritait encore un café.
Houellebecq dissèque. Foenkinos recoud. L’un te regarde tomber. L’autre t’aide à te relever – doucement, sans faire de bruit. Le premier te laisse avec une vérité désagréable : rien ne va s’arranger. Le second te glisse une hypothèse aimable : peut-être que si.
Et le plus étonnant, c’est que les deux ont raison – chacun à leur heure. Car il faut bien l’admettre : on ne lit pas Houellebecq pour aller mieux, et on ne lit pas Foenkinos pour aller plus mal.
On lit l’un pour comprendre pourquoi on est triste, et l’autre pour oublier qu’on l’est.

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