Jeunesse 2026 : quand l’apparence précède l’existence.

Il m’arrive parfois, en observateur un peu désorienté du monde contemporain, de m’interroger sur l’évolution de la jeunesse, et plus particulièrement sur celle des jeunes filles d’aujourd’hui. Cette réflexion n’est pas celle d’un moraliste aigri, ni d’un nostalgique systématique, mais celle d’un ancien professeur qui a passé près de quarante années à enseigner, à écouter, à regarder grandir des générations de jeunes gens – et qui, depuis sept ans de retraite, a le sentiment d’assister à une transformation accélérée, presque déroutante.

J’ai en mémoire des jeunes filles naturelles, spontanées, parfois maladroites mais toujours vivantes, avec cette fraîcheur qui ne devait rien aux artifices. Elles n’étaient pas parfaites – heureusement – mais elles semblaient habiter leur âge sans chercher à en brûler les étapes. Aujourd’hui, j’observe, non sans perplexité, une jeunesse féminine qui semble souvent engagée dans une course étrange : lèvres redessinées avant même d’avoir pleinement souri, silhouettes calibrées avant d’avoir réellement vécu, visages déjà retouchés comme s’il fallait corriger d’avance ce que le temps n’a même pas encore altéré.

En parallèle, les garçons ne sont pas en reste. Là où autrefois l’adolescence tâtonnait entre timidité et bravade, je vois désormais des corps sculptés à la salle de sport, exhibés comme des cartes de visite, parfois avant même que la personnalité n’ait eu le temps de se construire. Le muscle précède la pensée, l’apparence devance la profondeur, et l’on confond parfois puissance physique et maturité.

Faut-il en conclure que tout a disparu ? Certainement pas. Mais il faut reconnaître que le paysage a changé. Ce qui relevait autrefois de l’exception – le culte de l’image, la transformation du corps, la mise en scène de soi – est devenu presque une norme. Et c’est peut-être cela, plus que tout, qui interroge.

Alors, la question demeure, simple et presque naïve : existe-t-il encore des jeunes filles « saines », au sens où je l’entendais jadis – c’est-à-dire libres d’être elles-mêmes sans se conformer à un modèle fabriqué ? La réponse est oui, bien sûr. Mais elles sont peut-être moins visibles, moins bruyantes, moins mises en avant dans un monde où l’algorithme préfère le spectaculaire au sincère.

Peut-être aussi que c’est moi qui suis devenu étranger à cette époque. Après tout, chaque génération regarde la suivante avec un mélange d’incompréhension et d’inquiétude. Mais je ne peux m’empêcher de penser que quelque chose s’est déplacé : non pas la jeunesse elle-même – toujours aussi vibrante – mais le regard qu’elle porte sur elle-même, désormais filtré, corrigé, parfois standardisé.

Et dans ce miroir déformant, il devient plus difficile, simplement, d’être jeune.


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