Le cheval de Troie de la Russie, risque fort de rentrer à l’écurie.

Pendant des années, Viktor Orbán a été considéré comme une pièce maîtresse sur l’échiquier européen. Un cavalier audacieux, disait-on, capable de franchir les lignes, de contourner les règles, et, au besoin, de faire entrer dans la citadelle européenne quelques influences venues de l’Est, soigneusement dissimulées sous la robe d’un patriotisme rugueux.

Mais voilà que le cheval commence à boiter.

Car le célèbre « cheval de Troie » – dont certains murmuraient qu’il hennissait en russe – donne aujourd’hui des signes de fatigue électorale. A force de tirer sur les rênes de la démocratie, de jouer avec les médias comme avec de vieux harnais usés, et de confondre souveraineté nationale avec propriété privée, le cocher de Budapest semble avoir perdu le sens du terrain. Et le terrain, en démocratie, a ceci de fâcheux qu’il vote.

Longtemps, la Hongrie fut présentée comme un laboratoire politique : une démocratie « illibérale », concept aussi séduisant qu’un oxymore bien coiffé. Une démocratie sans contre-pouvoirs, sans presse indépendante, sans contradictions – bref, une démocratie à condition de ne pas trop s’y attarder, chère aux yeux d’un JD Vance, venu apporter son soutien à Viktor Orbán, à l’heure où les tensions internationales au Moyen-Orient éclipsent quelque peu les élections hongroises.

Mais les électeurs, ces empêcheurs de gouverner en rond, semblent désormais moins sensibles aux grandes envolées souverainistes qu’aux petites réalités quotidiennes : inflation persistante, services publics fatigués, et une impression diffuse que le grand récit national sert surtout à masquer une gestion de plus en plus acrobatique.

Dans les coulisses, certains alliés commencent d’ailleurs à regarder ailleurs. Même les chevaux les plus fidèles savent reconnaître une écurie qui prend l’eau.

Quant à la Russie, dont l’ombre planait sur tant de décisions, elle pourrait bien devoir se chercher un nouveau point d’appui. Car un cheval de Troie n’a de valeur que tant qu’il est à l’intérieur des murs. Une fois repoussé dehors, il redevient ce qu’il est : un simple cheval, non un pur-sang mais un cheval de trait et parfois, un cheval battu.

Reste à savoir si Viktor Orbán saura, dans un ultime sursaut, se réinventer en cavalier modeste, ou s’il devra accepter de rentrer à l’écurie, sous les applaudissements discrets de ceux qui n’osaient plus y croire.

Pour l’Union européenne, un éventuel changement de cap en Hongrie ne serait pas anodin. Il pourrait marquer un rééquilibrage interne, et mettre fin à une période de tensions récurrentes.

Après tout, en politique comme en mythologie, les chevaux finissent toujours par révéler ce qu’ils transportent. Et parfois, ce n’est pas l’histoire qu’on avait promise.


Commentaires

Une réponse à « Le cheval de Troie de la Russie, risque fort de rentrer à l’écurie. »

  1. Avatar de Laurence Deblaere
    Laurence Deblaere

    Nonobstant, le cavalier est déloyal, doux euphémisme, vis vis,del,Union Européenne . Recevoir les aides européennes , oui, accepter les règles,de la démocratie , non.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *