Trump : la vulgarité comme politique étrangère et l’inculture comme méthode

Il est toujours tentant, pour Donald Trump, de transformer le moindre détail en matière à sarcasme, et l’on ne sera guère surpris qu’il se soit saisi d’une séquence montrant Emmanuel Macron et son épouse à la descente d’un avion pour alimenter ses plaisanteries de cour d’école, suggérant, sur le ton qu’on lui connaît, une scène de « gifle » dont rien, en réalité, ne permet d’affirmer clairement la nature ni même l’intention.

Cette saillie s’inscrit d’ailleurs dans une longue série de propos du même registre, où le président américain a déjà franchi les limites de la décence verbale, allant jusqu’à affirmer, à propos de Mohammed ben Salmane, que celui-ci lui « léchait le cul » (« kiss my ass »), formule qui, au-delà de sa vulgarité intrinsèque, illustre une conception des relations internationales réduites à des rapports de domination personnelle et à des outrances de langage. Il y a fort à parier que si le gouvernement saoudien et le prince héritier ont répondu – pour l’heure – par un parfait mutisme, les conséquences pour les USA ne manqueront pas de s’abattre sur la tête du clown peroxydé.

La réponse d’Emmanuel Macron, qui s’est efforcé de rester sur une ligne institutionnelle, a consisté à qualifier ce type de propos d’ « inélégant », soulignant en substance que ce genre de commentaire relevait davantage du registre de la trivialité que de celui des relations entre chefs d’Etat, ce qui, en langage diplomatique, revient à rappeler qu’il existe encore, entre nations civilisées, une certaine idée de la tenue – y compris verbale.

Car enfin, ce qui frappe ici n’est pas tant l’attaque elle-même, insignifiante dans son objet, que ce qu’elle révèle d’une pratique constante chez Donald Trump, à savoir une propension à réduire la parole politique à une succession de saillies personnelles, de sous-entendus grivois et de moqueries approximatives, comme si la scène internationale n’était qu’une extension des plateaux de télévision où l’on confond aisément répartie et vulgarité, esprit et invective, humour et humiliation.

Ce qui, chez d’autres, passerait pour une plaisanterie douteuse devient, chez lui, une méthode, presque une signature, consistant à substituer à la complexité des enjeux une simplification brutale des individus, ramenés à des anecdotes, des gestes mal interprétés ou des rumeurs recyclées, dans une logique où l’inculture n’est pas un accident mais un ressort, où l’approximation tient lieu de style et où l’absence de retenue est érigée en marque d’authenticité. La Maison-Blanche est devenue un plateau de téléréalité avec Trump et Pete Hegseth en maîtres de cérémonie.

Dès lors, il ne s’agit plus simplement d’un dérapage, mais d’une conception du discours public qui s’affranchit délibérément des codes les plus élémentaires de la civilité politique, et qui finit par poser une question plus large : que devient la parole internationale lorsqu’elle se trouve capturée par des réflexes de dérision permanente, où l’on préfère moquer un geste mal interprété plutôt que de comprendre un partenaire, caricaturer une relation plutôt que de la construire, et divertir un public plutôt que d’élever un débat.

Ainsi, l’épisode, en apparence anecdotique, dit peut-être l’essentiel : moins sur Emmanuel Macron que sur celui qui croit l’atteindre, et qui, ce faisant, expose surtout sa propre incapacité à distinguer entre le trait d’esprit et la grossièreté, entre la critique et la raillerie, entre la politique et le spectacle. Mais on ne peut demander à un cheval de trait de devenir un pur-sang.


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