Il fut un temps – lointain, presque mythologique – le temps de mon adolescence, où l’on pouvait manquer une soirée sans développer une pathologie aiguë. On appelait cela… vivre. Aujourd’hui, cela s’appelle le « FOMO » : Fear Of Missing Out. Autrement dit, la peur panique de ne pas être là où il faudrait être, au moment exact où il faudrait exister. « The place to be or not to be » aurait dit Hamlet s’il avait eu un compte Insta.
Car exister, désormais, ne suffit plus. Il faut être vu en train d’exister.
Sur Instagram, TikTok ou Snapchat, la vie des autres défile comme un interminable catalogue de moments réussis : cocktails dorés, lumières tamisées, couchers de soleil disciplinés, amitiés parfaitement cadrées. Tout y est. Sauf le doute, sauf l’ennui, sauf la vérité.
Et face à cette parade permanente, l’individu connecté développe une angoisse nouvelle : ne pas être de la fête. Peu importe laquelle, d’ailleurs. L’essentiel est qu’il y en ait une, quelque part, sans lui.
Le FOMO n’est pas une peur. C’est une industrie. Une mécanique parfaitement huilée où chacun devient le figurant de la vie des autres, tout en mettant en scène la sienne. On ne vit plus, on documente son existence avec l’application d’un archiviste médiéval inquiet. Chaque instant doit prouver qu’il mérite d’avoir eu lieu.
Et puis, comme toute maladie contemporaine, le FOMO a trouvé son antidote marketing : le « JOMO », Joy Of Missing Out. Le bonheur de rater, c’est-à-dire une version bio, responsable et légèrement culpabilisée du retrait social. On ne sort plus, mais avec élégance. On reste chez soi, mais avec un concept. On décline une invitation, mais en pleine conscience.
Le JOMO, c’est le FOMO qui a lu deux articles de développement personnel dans une revue abandonnée dans une salle d’attente et qui s’est acheté une bougie parfumée. On y apprend à savourer le silence, à redécouvrir le temps long, à dire non. Admirable programme. A ceci près qu’il doit, lui aussi, être partagé. Car que serait un moment de solitude s’il n’était pas photographié, filtré et publié ?
Ainsi va notre époque : incapable de choisir entre la frénésie d’être partout et le luxe d’être ailleurs, oscillant sans cesse entre l’angoisse de manquer et la mise en scène du retrait. Le paradoxe est total : on a peur de rater la vie des autres, et l’on finit par rater la sienne.
Peut-être faudrait-il inventer un troisième acronyme. Quelque chose de plus radical, de plus discret, de presque subversif. Un mot pour désigner le simple fait de vivre sans témoin. Mais celui-là, évidemment, ne ferait jamais tendance.
En attendant, un petit tour au DOJO s’impose.

Laisser un commentaire