Après la convocation au tribunal médiatique de l’Assemblée nationale de Thomas Legrand et Patrick Cohen, Éric Ciotti a de nouveau frappé. Non par une idée, encore moins par une vision, mais par ce qu’il maîtrise le mieux : un coup de com’ d’une efficacité clinique. Cette fois, il propose un hommage national à Brigitte Bardot. Il fallait oser. Mais ne nous y trompons pas : Ciotti ne rend pas hommage à Bardot, il se met lui-même en vitrine, soigneusement emballé dans du cellophane mémoriel.
À une époque où l’on confond le courage politique avec le sens du timing, le député lilliputien des Alpes-Maritimes démontre qu’il excelle dans l’art de l’agitation symbolique à faible coût intellectuel. Entre ses mains – puissent les dieux de la République l’en préserver – Brigitte Bardot n’est ni une actrice, ni un mythe, ni même une figure controversée : elle devient un prétexte, un totem commode, jeté au centre de l’agora médiatique pour susciter cris, indignations et débats inutiles, pendant que son initiateur récolte ce qu’il est venu chercher : de l’attention et de la polémique.
La manœuvre est grossière, mais redoutablement efficace. Comme prévu, la France se déchire. Les uns brandissent la star mondiale, l’icône du cinéma, la femme libre, l’amoureuse des bêtes et des coups d’éclat. Les autres rappellent, avec la ponctualité d’un huissier, ses engagements politiques, ses accointances idéologiques, ses condamnations judiciaires et son tropisme persistant pour l’extrême droite. Résultat : un débat parfaitement stérile, mais merveilleusement bruyant. Le vacarme idéal pour tenir lieu de stratégie.
Dans cette cacophonie, un détail passe pourtant inaperçu : celui qui a lancé la grenade. Car il s’agit bien de cela – une grenade médiatique dégoupillée avec application, dans l’espoir que l’explosion oblige les Français à regarder Éric Ciotti.
Or un hommage national n’est ni un tweet, ni une provocation de plateau télé. C’est un acte solennel, rare, censé rassembler une nation autour d’un héritage commun. La vraie question n’est donc pas de savoir si Brigitte Bardot le mérite. Elle est de comprendre pourquoi cette idée surgit maintenant, par qui, et dans quel but. En transformant cet hommage en outil de buzz – cet animal politique contemporain, vorace et peu regardant sur la cohérence – Ciotti l’abaisse au rang de gadget. La République devient un décor, la mémoire un accessoire, l’histoire un argument de communication, et Brigitte Bardot un instrument commode.
Dans cette séquence, Bardot sert surtout de paravent, un écran XXL derrière lequel le député XXS tente de rappeler à la nation qu’il existe encore. Peu importe que l’hommage divise, choque ou indigne : l’essentiel est qu’il fasse parler. Dans la grammaire politique actuelle, exister médiatiquement vaut absolution programmatique. On ne gouverne plus, on occupe l’espace. Éric Ciotti, pompier pyromane, jette une allumette symbolique sur un sujet inflammable, recule d’un pas, puis observe l’incendie en se posant tour à tour en homme de courage, en victime de la bien-pensance ou en défenseur de la liberté, selon l’audience du jour. Ubu applaudit, Machiavel soupire, les chaînes d’info déroulent.
Au fond, cette affaire raconte moins Brigitte Bardot que la misère d’une époque politique où la provocation tient lieu de courage et la polémique de pensée. Elle dit aussi la tentation persistante de croire qu’exister médiatiquement suffit à exister politiquement. Si l’on devait formuler un vœu, ce serait que ce tapage ne profite pas à celui qui l’a déclenché. Brigitte Bardot, quoi qu’on pense d’elle, n’a nul besoin de cette récupération. Et Éric Ciotti, quoi qu’il espère, découvrira peut-être qu’on peut faire beaucoup de bruit sans jamais laisser de trace.
Ce qui, pour un hommage national, relève finalement d’une ironie très française.

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