Au moment où les cercueils des six soldats américains glissaient lentement hors de l’avion militaire, sur la base aérienne de Dover, dans ce silence épais qui accompagne les cérémonies où une nation rend hommage à ses morts, Donald Trump avait choisi de porter une casquette blanche brodée « USA », accessoire patriotique disponible dans sa boutique officielle pour la modique somme de cinquante-cinq dollars.
Le détail pourrait sembler anodin si les cérémonies militaires n’obéissaient pas à un protocole simple et universel : devant les morts, on se découvre. Les soldats le savent, les civils aussi. Mais il arrive que certaines règles élémentaires d’éducation se perdent dans les allées du merchandising politique.
Ainsi, tandis que les militaires saluaient tête nue, le président des Etats-Unis, lui, saluait tête couverte, comme si l’Amérique ne pouvait décidément jamais être tout à fait grande sans un peu de promotion commerciale au sommet de l’Etat.
Les critiques ne tardèrent pas à pleuvoir. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, rappela sèchement qu’une cérémonie funèbre militaire n’était « ni un meeting de campagne, ni la vitrine d’une boutique en ligne ».
Mais il est possible que les commentateurs se trompent en parlant d’un simple faux pas protocolaire. Donald Trump n’a jamais porté une seule casquette, mais plusieurs à la fois : la casquette de chef d’Etat, la casquette d’homme d’affaires, la casquette de candidat permanent — et, désormais, la casquette littérale, vendue cinquante-cinq dollars pièce.
Dans ces conditions, la question n’est peut-être pas de savoir pourquoi le président ne s’est pas découvert devant les cercueils, mais plutôt de comprendre comment, dans l’Amérique trumpienne, une cérémonie militaire peut devenir un moment où l’on rend hommage simultanément aux morts, à la nation… et à la boutique officielle.
Car enfin, la tradition veut qu’on se découvre devant les morts. Sauf, manifestement, quand on fait aussi la promotion de la boutique.

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