Il fut un temps où les tendances venaient de Paris, de Milan ou de New York. Aujourd’hui, elles viennent surtout d’un endroit beaucoup plus restreint : les fesses de Kim Kardashian. Et, par extension, de tout ce qui se situe autour.
Car Kim n’est plus seulement une célébrité. Elle est devenue un laboratoire esthétique à ciel ouvert, une start-up humaine de la superficialité et de la superficie corporelle, capable de transformer n’importe quelle partie du corps en phénomène mondial. Après les lèvres gonflées, les hanches hypertrophiées, les tailles étranglées et les sourcils traumatisés, voici venu l’âge d’or de la tendance ultime : tout doit être optimisé, lissé, maquillé, retouché – même ce qui, jusque-là, n’avait rien demandé.
Chez Kim Kardashian, le corps n’est plus un corps : c’est un produit dérivé. Chaque courbe est un argument marketing, chaque centimètre carré une opportunité commerciale. Les fesses ne sont plus un organe anatomique, mais un logo, le ventre est devenu un terrain publicitaire. Quant aux zones intimes, elles ne relèvent plus de l’intimité : elles entrent dans le catalogue.
Kim appelle cela de l’ « empowerment ». Le marché appelle cela une stratégie. Et le bon sens, lui, cherche encore le bouton « annuler ».
Le génie de Kim Kardashian, il faut lui reconnaître, est d’avoir réussi à convaincre des millions de personnes qu’imiter son corps les rendrait uniques. Résultat : une armée de clones filtrés, sculptés, lissés, persuadés d’être libres alors qu’ils suivent religieusement les mises à jour corporelles d’une influenceuse devenue norme biologique. Dans cet univers, la pensée est facultative, mais les fesses sont obligatoires. Le cerveau, lui, n’a jamais été certifié Instagram.
Kim ne vend pas seulement des produits : elle vend une obsession. Celle de se corriger sans cesse, de se comparer sans fin, de transformer son propre corps en chantier permanent. Une forme de colonisation esthétique où l’on ne sait plus très bien qui regarde qui : la femme dans le miroir, ou l’algorithme derrière l’écran.
Et pourtant, Kim continue de sourire. Un sourire parfaitement symétrique, parfaitement calibré, parfaitement vide. Car dans ce monde-là, l’important n’est pas ce qu’on pense, mais comment on apparaît. Kim Kardashian n’est pas une icône culturelle. Elle est un tutoriel vivant. Un mode d’emploi pour apprendre à se transformer en vitrine.
Et pendant que le monde brûle, elle ajuste ses fesses. Visionnaire, sans doute. Historique, peut-être. Profondément débile, sûrement.

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