Le niveau baisse ? C’est avéré en EPS.

On répète volontiers que « le niveau baisse », comme si l’école était une jauge abstraite qui se viderait toute seule. Ce que l’on dit moins, c’est que le niveau baisse aussi en éducation physique, et que cette chute n’a rien de métaphorique. Elle se mesure à bout de souffle. Elle se constate dans les cours de récréation, dans les vestiaires et sur les pistes d’athlétisme, quand une proportion significative d’élèves de sixième se révèle incapable de courir plus de cinq ou six minutes sans s’arrêter. Le constat n’est pas une saillie nostalgique de professeur d’EPS grincheux, mais un fait désormais documenté.

La première explication tient dans la transformation radicale du temps libre des enfants. Là où les générations précédentes tuaient l’ennui à coups de ballon, de vélo ou de courses improvisées, les collégiens d’aujourd’hui consomment des heures d’écran. Huit heures par jour n’est plus une exagération militante, mais un ordre de grandeur crédible si l’on additionne téléphone, console, télévision et ordinateur. Or le corps humain, surtout à dix ou onze ans, n’est pas conçu pour l’immobilité prolongée. Le cœur ne se muscle pas avec des pouces qui glissent sur un écran, et les poumons ne gagnent aucune endurance dans une chambre éclairée par la seule lueur d’un smartphone.

À cette sédentarité massive s’ajoute une dégradation de l’alimentation, qui frappe plus durement les classes populaires. La malbouffe n’est pas seulement une affaire de goût ou de paresse culinaire, c’est d’abord une question de prix, de temps et d’accès. Les produits les plus caloriques sont souvent les moins chers, les plus disponibles et les plus faciles à consommer. Quand le budget est contraint et que les parents travaillent en horaires décalés, l’équilibre nutritionnel devient un luxe. Le surpoids qui en résulte n’est pas qu’un enjeu esthétique ou médical, il pèse très concrètement sur la capacité à courir, à sauter et à soutenir un effort prolongé.

Les inégalités économiques jouent enfin un rôle décisif dans l’accès à l’activité physique organisée. Les enfants issus de milieux favorisés cumulent les inscriptions en club, les entraînements réguliers, les stages pendant les vacances et les équipements adaptés. Ils apprennent tôt à courir, à respirer, à se dépasser. À l’inverse, pour de nombreuses familles modestes, le sport reste une dépense optionnelle, parfois inaccessible. Les licences, les transports, le matériel et les cotisations transforment le simple fait de pratiquer en parcours d’obstacles financier. L’école se retrouve alors sommée de compenser, en deux heures d’EPS hebdomadaires, des inégalités construites toute l’année.

Le paradoxe est cruel. On exige des élèves qu’ils soient performants, concentrés et endurants intellectuellement, tout en acceptant qu’ils deviennent physiquement fragiles, essoufflés et peu résistants à l’effort. Or le corps et l’esprit ne sont pas des compartiments étanches. Un enfant qui ne court pas ne tient pas seulement moins longtemps sur une piste, il fatigue plus vite en classe, gère plus difficilement le stress et s’installe plus tôt dans une relation douloureuse à l’effort, quel qu’il soit.

Dire que le niveau baisse en EPS n’est donc ni une nostalgie ni un slogan. C’est le symptôme d’une société qui a peu à peu organisé l’inactivité, marchandisé le sport et laissé croire que le mouvement était une option parmi d’autres. Les élèves ne sont pas devenus paresseux. Ils sont devenus les produits cohérents d’un environnement qui fatigue les corps avant même qu’ils aient appris à s’en servir.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *