L’engouement après les Jeux Olympiques.

Il est des ferveurs collectives dont l’intensité n’a d’égale que la brièveté, emballements saisonniers qui saisissent les foules avec la solennité des grandes conversions avant de se dissiper dans l’indifférence polie des habitudes retrouvées. L’engouement sportif consécutif aux Jeux olympiques appartient sans conteste à cette catégorie délicieusement humaine des enthousiasmes spectaculaires et transitoires, où chacun, grisé par la grâce surhumaine d’athlètes sculptés par des années d’efforts invisibles, se surprend à croire que la simple contemplation télévisuelle constitue déjà une première forme d’entraînement, et que la résolution, énoncée avec gravité entre deux ralentis héroïques, suffira à métamorphoser un quotidien sédentaire en épopée musculaire.

A peine la flamme éteinte et les hymnes rangés dans les archives de l’émotion nationale, une multitude de volontés neuves s’ébroue alors avec l’énergie touchante des commencements solennels, tandis que les magasins d’articles de sport voient défiler des cohortes d’aspirants joggeurs ou skieurs dont l’ardeur consumériste précède souvent l’effort physique, chacun s’équipant avec une rigueur quasi professionnelle, chaussures techniques à la coque moulée sur mesure ou aux semelles savamment amortissantes, montres connectées prêtes à mesurer des performances encore hypothétiques, tenues respirantes destinées à accompagner des exploits que seule l’imagination, pour l’heure, consent à valider, comme si la possession méticuleuse de l’attirail athlétique tenait lieu de première victoire sur soi-même.

Les premiers jours s’ouvrent ainsi sous le signe d’une exaltation sincère, où la moindre foulée s’auréole d’un sentiment d’accomplissement disproportionné, où chaque courbature se pare des vertus héroïques de l’effort consenti, et où l’individu, découvrant avec un mélange d’étonnement et de dignité souffrante l’existence de muscles jusque-là négligés, s’accorde le privilège d’une fatigue presque glorieuse, persuadé d’avoir rejoint, à son échelle modeste mais méritoire, la grande confrérie des corps en mouvement.

Cependant, comme toute passion née d’une impulsion plus émotionnelle que structurelle, cet élan rencontre bientôt la résistance obstinée du réel, lequel oppose aux ambitions sportives la pesanteur des matins frisquets, la tyrannie des emplois du temps saturés, la séduction persistante du confort domestique et cette vérité physiologique d’une cruauté discrète selon laquelle le corps, loin d’embrasser spontanément la discipline nouvelle, proteste avec une éloquence douloureuse contre des exigences qu’il n’avait nullement sollicitées, si bien que la séance d’entraînement, jadis attendue avec une impatience presque juvénile, se mue progressivement en obligation négociable, puis en contrainte différable, enfin en projet aimablement ajourné.

Le sac de sport, naguère symbole éclatant d’une renaissance dynamique, amorce alors une reconversion silencieuse vers des fonctions plus décoratives que fonctionnelles, tandis que les baskets immaculées, prématurément retirées des circuits de la performance, contemplent depuis l’entrée ou le placard l’extinction graduelle d’une vocation à peine ébauchée, et que l’abonnement contracté dans l’euphorie des lendemains olympiques poursuit, avec une fidélité financière irréprochable, une carrière indépendante de toute fréquentation effective.

Ainsi se rejoue, avec une régularité presque rituelle, cette comédie douce-amère des résolutions flamboyantes et des abandons feutrés, où l’être humain, créature admirablement constante dans son inconstance, démontre une fois encore sa capacité inépuisable à s’enthousiasmer sincèrement pour des vies idéales qu’il admire autant qu’il se garde de leur ressembler durablement, préférant, après quelques semaines d’efforts honorables et de souffrances pédagogiques, retrouver cette zone tempérée où le sport se consomme davantage en spectacle qu’en pratique, et où l’on célèbre avec une ferveur intacte les exploits d’autrui depuis le territoire rassurant du canapé et la chaleur d’un « sweet home ».

Il serait pourtant injuste de railler sans nuance ces emballements périodiques, car ils témoignent moins d’une hypocrisie que d’une aspiration récurrente et profondément respectable à l’amélioration de soi, velléité fragile mais sincère par laquelle chacun, à intervalles réguliers, tente de négocier avec ses propres inerties, ses contradictions et ses élans contrariés, même si l’histoire, patiente et légèrement moqueuse, se charge invariablement de rappeler que l’héroïsme durable exige une persévérance que l’enthousiasme, aussi flamboyant soit-il, ne saurait garantir à lui seul.


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