Trump : fan de MMA

Le MMA est devenu le spectacle total de notre époque. Autrefois cantonné aux marges viriles d’Internet et aux sous-sols urbains qui sentent la testostérone fermentée et l’urine chargée d’anabolisants, il s’est hissé au rang de divertissement planétaire, sponsorisé, scénarisé, commenté comme une finale de Coupe du monde. Les combattants sont devenus des marques, les coups de coude des arguments marketing, et l’étranglement arrière une métaphore très contemporaine du débat public. Le monde adore voir deux adultes consentants tenter de se désassembler mutuellement dans une cage, ce qui, à bien y réfléchir, est peut-être la seule activité politique encore honnête : au moins, personne ne prétend que c’est civilisé.

Dans cette grande foire à la mâchoire, une silhouette inattendue apparaît au premier rang, visage fermé, costume tendu, cravate rouge de colère, mine grave : Donald Trump, afficionado enthousiaste et notoire de MMA. Il pose avec les champions. Il célèbre la dureté, la loi du plus fort, la victoire par KO, le triomphe du corps qui domine un autre corps. Toute une esthétique. Toute une philosophie. Toute une vision du monde résumée en short moulant.

Ce qui rend la scène délicieusement absurde, ce n’est pas qu’un président en surpoids apprécie un sport violent. Après tout, la politique moderne ressemble déjà à un combat sans arbitre. Non, le vrai comique naît du contraste visuel, presque pédagogique. D’un côté, des athlètes sculptés comme des statues grecques sous caféine, capables de donner un coup de pied circulaire plus vite que vous ne trouvez vos lunettes. De l’autre, un amateur passionné dont la relation la plus stable avec le sport semble être celle qu’il entretient avec le buffet d’un hôtel-casino. On dirait un critique gastronomique présidant un congrès de nutritionnistes.

Trump aime le MMA comme certains aiment les documentaires animaliers : fasciné par la sauvagerie, mais toujours à bonne distance, idéalement assis. Il célèbre la performance physique comme une valeur morale, tout en prouvant par sa simple présence que l’enthousiasme pour la musculature n’implique nullement d’y participer soi-même. C’est la victoire conceptuelle du biceps sur le donut, du six-pack sur le soda light – observée depuis une loge VIP.

Il y a là une forme de cohérence, pourtant. Le MMA, c’est le monde réduit à un octogone : pas de nuances, pas de diplomatie, juste un gagnant, un perdant et parfois un nez déplacé. C’est la version sportive du tweet politique : direct, brutal, sans filtre, avec beaucoup de sueur et peu de subordonnées. Trump n’aime pas le MMA malgré ce qu’il est ; il l’aime précisément pour cela. C’est un univers où la complexité est mise au sol au premier round.

Au fond, la popularité croissante du MMA raconte peut-être quelque chose de plus large. Nous vivons une époque qui se méfie de la discussion mais comprend très bien la droite dans la mâchoire. Le corps qui frappe est devenu plus crédible que la tête qui réfléchit. Et dans ce grand théâtre de la force, voir un homme dont le principal sport semble avoir été le golf en voiturette se poser en esthète du combat produit un effet comique irrésistible : celui du spectateur qui applaudit la tempête en vérifiant que la vitre est bien fermée.

A bien des égards, le MMA ressemble au « Board of Peace » version trumpienne : dans les deux cas, on prétend organiser la violence pour lui donner l’air d’une règle. Dans l’octogone comme autour de la table lourdement dorée et siglée aux initiales d’Ubu, tout est affaire de mise en scène, d’entrée théâtrale, de regards durs et de commentaires tonitruants. On parle de stratégie, de respect, de cadre… mais le cœur du spectacle reste le même : deux camps, un public chauffé à blanc, et l’idée que le plus fort – ou le plus bruyant – mérite d’avoir raison. La diplomatie devient une pesée officielle, les sanctions des coups au corps, et les alliances des prises au sol dont on se relève en jurant que tout était « très professionnel ».

Trump, fan de MMA, ne voit d’ailleurs pas le monde comme une carte, mais comme une cage. Pour lui, un sommet international n’est pas un lieu de négociation, c’est une conférence de presse d’avant-combat : on provoque, on bombe le torse, on promet une « victoire historique », comme jamais les USA n’en ont connu dans leur histoire. Le « Board of Peace » fonctionne alors comme une fédération de combat géopolitique : on n’y cherche pas la paix, mais la domination sous éclairage flatteur. Et comme dans certains combats trop médiatisés, l’arbitre est là, les règles sont affichées… mais tout le monde sait que ce qui compte vraiment, c’est le spectacle – quitte à ce que le monde, lui, encaisse les coups hors caméra.

Le MMA prospère, Trump applaudit, et le monde regarde. La cage est peut-être octogonale, mais le cirque, lui, reste parfaitement rond.


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