Lorsqu’un général américain commence à expliquer qu’une guerre sera plus longue, plus coûteuse et plus incertaine que prévu, il ne fait en réalité qu’exercer son métier, mais il prend aussi le risque, de plus en plus manifeste, de devenir incompatible avec une époque qui préfère les certitudes rapides aux analyses prudentes.
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, une douzaine de hauts gradés ont ainsi été poussés vers la sortie ou ont choisi de démissionner, non pas parce qu’ils auraient échoué sur le terrain, mais parce qu’ils avaient manifestement échoué à adhérer sans réserve à une vision stratégique qui exige moins d’expertise que de loyauté.
Le général Randy George, qui occupait les fonctions de chef d’état-major de l’armée de terre, s’inscrit dans cette série, puisque son départ s’explique moins par une faute identifiable que par un décalage devenu intenable entre ce qu’il estimait militairement nécessaire et ce qu’il devenait politiquement souhaitable d’affirmer.
Il ne s’agit pas d’un phénomène entièrement nouveau, puisque l’histoire militaire américaine offre déjà des précédents où des officiers ont été écartés pour avoir exprimé des analyses jugées inopportunes, mais la répétition récente de ces départs suggère une évolution plus profonde, dans laquelle la contradiction n’apparaît plus comme une ressource, mais comme un problème à résoudre.
Ce glissement transforme insensiblement la fonction même du commandement, car le général ne se contente plus d’évaluer une situation complexe, il doit désormais anticiper le moment où cette évaluation cessera d’être acceptable, ce qui revient à substituer à la logique militaire une forme de prudence politique qui n’ose plus dire son nom.
Il devient alors possible de gagner du temps, de préserver une cohérence de façade et de maintenir un récit stratégique stable, à condition de remplacer ceux qui le fragilisent, ce qui présente l’avantage considérable de simplifier la réalité sans avoir à la modifier.
Ainsi, lorsqu’un général s’en va, on explique qu’il s’agit d’un renouvellement, d’un choix personnel ou d’une transition normale, alors même que l’accumulation de ces départs finit par dessiner un motif suffisamment clair pour ne plus relever du hasard, puisque ce ne sont pas les guerres qui deviennent plus simples, mais les voix autorisées à en parler qui deviennent plus rares.
Et si l’on devait tirer une conclusion de cette série de départs, elle tiendrait peut-être dans cette idée que, dans certaines circonstances, il n’est pas nécessaire de contredire les faits pour les faire disparaître, puisqu’il suffit d’écarter ceux qui les formulent avec trop de précision.


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