Dans cette étrange salle de classe planétaire où la géopolitique semble désormais se jouer comme une distribution de bulletins improvisée entre deux rodomontades, Donald Trump ne se contente plus d’observer le monde puisqu’il s’est manifestement reconverti en professeur survolté qui, après avoir distribué sanctions économiques et menaces militaires comme d’autres infligent des heures de colle, paraît convaincu que l’ordre international peut se résumer à un carnet de notes dont il serait à la fois le correcteur fébrile, l’unique examinateur et, circonstance heureuse, le meilleur élève, puisqu’il n’a pas hésité à s’attribuer un spectaculaire 15 sur 10, comme si l’arithmétique elle-même devait s’adapter à son tempérament.
Cette vocation tardive pour la notation universelle a trouvé un terrain d’expression particulièrement révélateur lors d’un échange avec une journaliste de LCI au cours duquel, après avoir pris soin de souligner, avec un sérieux presque appliqué, l’intelligence redoutable des dirigeants iraniens actuellement au pouvoir, reconnaissance paradoxale qui ressemble à ces compliments que l’on adresse à un adversaire avant de lui barrer la route, il s’est lancé, avec l’assurance d’un professeur distribuant les copies à la volée, dans l’évaluation d’Emmanuel Macron, en livrant cette appréciation dont la simplicité apparente masque mal une mécanique intellectuelle plus incertaine :
« Oui, je lui ai parlé. Sur une échelle de 0 à 10, je lui donnerais 8 sur 10. Pas parfait, mais c’est la France. On n’attend pas qu’il soit parfait.
Pensez-vous que la France va vous aider à rouvrir le détroit d’Ormuz ?
Je pense que le président Macron va nous aider. Je lui ai parlé hier. Je vous dirai ce qu’il en est.
Moi, mon attitude, c’est de dire que nous avons besoin de personne. Nous sommes le pays le plus puissant du monde. Nous avons l’armée la plus puissante du monde. Et de loin, nous n’avons pas besoin d’eux »
A travers cette déclaration qui donne l’impression d’un candidat demandant discrètement un coup de pouce pendant l’examen tout en proclamant à haute voix qu’il pourrait parfaitement réussir sans aide, le professeur Trump parvient à transformer une relation diplomatique en contrôle continu où l’allié devient à la fois utile, accessoire et immédiatement relativisé, comme si la cohérence importait moins que l’effet produit, ce qui finit par donner à l’ensemble des allures de numéro d’équilibriste exécuté sans filet mais avec une confiance intacte.
Ce glissement vers une pédagogie hystérisée, où l’on distribue les notes comme on distribuerait des verdicts définitifs, n’est d’ailleurs pas sans rappeler un métier antérieur que le nouveau professeur semble retrouver avec une certaine jubilation, puisqu’avant de corriger la planète il animait des émissions de télé-réalité dans lesquelles il éliminait les candidats d’un laconique « You’re fired », formule expéditive qui, transposée à l’échelle internationale, semble aujourd’hui s’être muée en un système où les dirigeants ne sont plus simplement congédiés mais évalués, classés et, le cas échéant, disqualifiés d’un trait de stylo rouge.
Dans cette classe imaginaire où les chefs d’Etat défileraient au tableau comme autant de candidats à une audition permanente, on devine sans peine que Mojtaba Khamenei, malgré l’hommage appuyé rendu à l’intelligence des responsables iraniens, écoperait d’une note éliminatoire, comme si, dans cette pédagogie très personnelle, le fait d’être jugé intelligent constituait en réalité une faute aggravante justifiant un zéro sans appel, à la manière de ces copies brillantes mais refusées parce qu’elles ne suivent pas le corrigé implicite du professeur.
Ainsi se dessine une vision du monde dans laquelle la complexité des relations internationales se trouve réduite à une succession de scores arbitraires, comme si la diplomatie relevait moins d’un art subtil que d’un jeu télévisé dont il serait à la fois le présentateur, le jury et le seul candidat autorisé à gagner, tandis que les autres, tour à tour notés, commentés et éventuellement « remerciés », évoluent dans un décor où la mise en scène finit par tenir lieu de politique, ce qui conduit inévitablement à une dernière interrogation, car dans toute classe, même la plus désordonnée, le moment vient où le professeur doit rendre des comptes, et il n’est pas certain que celui qui s’attribue sans trembler un 15 sur 10 résisterait longtemps à une correction appliquée selon des critères un tant soit peu cohérents, laquelle risquerait de ramener cette performance hors norme à une note infiniment plus classique, et surtout infiniment plus crédible, aux alentours d’un zéro sur vingt en matière de cohérence, avec cette appréciation que l’on réserve aux copies les plus déroutantes, à savoir que l’ensemble est sûr de lui mais profondément à côté du sujet.

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