Il fallait bien que cela arrive. Un jour ou l’autre, la politique française finirait par se prendre les pieds… dans son écharpe.
Lors de son intronisation, Éric Ciotti a donc offert au pays une image à la fois anodine et terriblement révélatrice : l’écharpe tricolore portée du mauvais côté. Une simple erreur de protocole ? Peut-être. Une distraction ? Sans doute. Mais surtout, un symbole parfait.
Car enfin, qui mieux que lui pouvait inverser le sens des choses avec une telle aisance ?
On connaissait déjà l’homme capable de retourner une ligne politique comme on retourne une crêpe un soir de Chandeleur. Président d’un parti qu’il a contribué à dynamiter, artisan appliqué d’un rapprochement jadis honni, funambule idéologique passant d’un discours à l’autre sans jamais tomber – sinon dans les bras de l’opportunité.
Et voilà qu’au moment de revêtir l’un des emblèmes les plus codifiés de la République, il en inverse tranquillement le sens.
Rien d’étonnant, au fond. Chez certains, la fidélité est une ligne. Chez d’autres, c’est une option. Chez lui, c’est une variable d’ajustement.
L’écharpe tricolore, pourtant, n’est pas un accessoire de mode. Elle ne se porte ni selon l’humeur du matin, ni selon la direction du vent électoral. Elle a un sens, une orientation, presque une colonne vertébrale. Exactement ce qui manque le plus cruellement à une certaine pratique de la politique.
Mais il y a, dans cette scène, quelque chose de presque rassurant. Une forme de cohérence, finalement. Un homme qui a su retourner son camp, ses alliances et ses discours ne pouvait décemment pas porter une écharpe dans le bon sens. Cela aurait fait désordre.
On imagine déjà la suite :
des promesses portées à gauche pour finir à droite,
des engagements arborés devant pour mieux disparaître derrière,
et des convictions ajustées comme cette fameuse bande tricolore – selon les circonstances.
Après tout, en politique comme en couture, l’essentiel n’est pas le fil… mais la manière de le retourner.
Et si la République semble parfois marcher de travers, ce n’est peut-être pas qu’une impression.
C’est peut-être simplement qu’on lui a mis l’écharpe du mauvais côté.


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