Il est des dirigeants qui, lorsque les circonstances deviennent incertaines, ajustent leur discours à la complexité du monde, mais il en est d’autres qui, à l’inverse, semblent redoubler de certitudes au moment même où les faits commencent à leur opposer une résistance de plus en plus visible, et Donald Trump appartient sans conteste à cette seconde catégorie.
Tandis que le président américain distribue, avec une assurance professorale qui confine à la condescendance, bons et mauvais points, bonnes et mauvaises notes à ses alliés comme à ses adversaires, le réel, qui ne se laisse ni sommer ni noter, s’impose progressivement sous la forme d’événements dont la répétition finit par produire un effet cumulatif difficile à ignorer.
Ainsi, lorsque Joe Kent, alors directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, choisit de démissionner, ce geste ne relève pas d’un simple désaccord administratif, mais s’inscrit dans une contestation explicite de la ligne suivie, puisqu’il estime que la guerre engagée contre l’Iran ne saurait être tenue pour juste et que les intérêts fondamentaux des Etats-Unis n’étaient pas directement menacés, ce qui revient, en creux, à mettre en cause la légitimité même de l’action engagée par décision du Clown Suprême américain.
Dans le même temps, alors qu’un porte-avions parmi les plus modernes de la flotte américaine subit un incendie spectaculaire dont on s’empresse de minimiser la portée opérationnelle, et que l’ambassade des États-Unis à Bagdad est visée par des attaques qui témoignent d’une tension régionale persistante, l’administration américaine s’efforce de maintenir intact le récit d’une maîtrise totale de la situation, comme si l’accumulation de ces incidents ne relevait que de la contingence.
Plus significatif encore apparaît le refus opposé par plusieurs alliés européens à la demande américaine de participer à la sécurisation du détroit d’Ormuz, dans la mesure où France, loin de se retrancher derrière les prudences habituelles de la diplomatie, a exprimé un rejet clair et catégorique, bientôt rejoint par d’autres Etats européens qui, de manière tout aussi explicite, ont refusé de s’engager, transformant ainsi ce qui aurait pu n’être qu’une réserve nuancée en un désaveu frontal.
Il serait certes excessif de voir dans cette succession d’événements le signe d’un effondrement militaire ou stratégique des Etats-Unis, car ni l’incident survenu à bord du porte-avions n’a compromis ses capacités opérationnelles, ni les attaques enregistrées n’ont, à ce stade, modifié de manière décisive l’équilibre des forces dans la région, mais il serait tout aussi imprudent de ne pas reconnaître dans leur accumulation l’indice d’une fragilisation plus diffuse, qui affecte moins les moyens que la crédibilité de leur emploi.
Car ce qui se joue ici ne relève pas tant de la puissance matérielle que de la cohérence politique, dans la mesure où les divisions internes, désormais rendues visibles par une démission aussi significative que celle de Joe Kent, les contestations implicites ou explicites des alliés traditionnels, et la multiplication des signaux d’alerte extérieurs dessinent progressivement les contours d’un pouvoir qui, tout en continuant d’afficher une assurance intacte, peine à imposer sa lecture des événements.
Dès lors, ce décalage croissant entre la posture affichée et la réalité observable ne peut qu’interroger, puisqu’il suggère que la difficulté principale ne réside pas dans la gestion ponctuelle des crises, mais dans la capacité à en saisir la nature et à y répondre autrement que par une rhétorique de la domination, dont l’efficacité semble ici atteindre ses limites.
En définitive, si l’on admet que les Etats-Unis ne se trouvent pas engagés dans une crise ouverte, il apparaît néanmoins que la séquence actuelle fonctionne comme un révélateur, en ce qu’elle met en lumière les limites d’une approche fondée sur l’affirmation constante de la puissance, sans toujours tenir compte des résistances qu’elle suscite, qu’elles émanent de l’intérieur même de l’appareil d’Etat ou de partenaires qui choisissent désormais de dire non sans détour.
Et c’est peut-être là que réside le paradoxe le plus frappant, puisque plus le discours se veut assuré, plus les faits semblent s’employer à en souligner les fragilités, comme si le réel, lassé d’être ignoré, finissait par exiger d’être pris au sérieux.

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