Il aura suffi d’un détroit. Un simple goulet d’étranglement maritime, coincé entre tensions géopolitiques et éminents émirs nerveux : le détroit d’Ormuz. Et soudain, l’humanité entière redécouvre une vérité qu’elle s’efforçait d’oublier : elle ne vit pas dans un monde réel, mais dans un monde plastifié.
Car enfin, regardez autour de vous. Ce yaourt que vous mangez, ce n’est pas du yaourt : c’est du pétrole fermenté dans un petit cercueil translucide. Cette bouteille d’eau ? Du brut recyclé en illusion de pureté. Même votre t-shirt « coton bio » a probablement fait un détour par le polyester avant de finir sur votre dos.
Mais voilà que le robinet se grippe. Et avec lui, tout un imaginaire.
Dans les hôpitaux, l’angoisse est sérieuse et palpable, inscrite dans les traits tirés des soignants. Les services comptent leurs seringues comme des pièces d’or, les gants chirurgicaux deviennent des objets de luxe, les poches de perfusion se raréfient. On commence à murmurer des phrases qu’on croyait réservées aux romans dystopiques et au confinement de 2020 : « Il va falloir rationner ». Pendant ce temps, dans les supermarchés, la tragédie prend une forme plus contemporaine : les barquettes disparaissent.
Et là, c’est la panique.
Car l’homme moderne peut survivre sans pétrole quelques jours, sans voiture quelques semaines… mais sans emballage plastique, il est nu. Littéralement nu. Comment acheter des fraises – dont la saison s’annonce prometteuse – sans leur coque rigide ? Comment transporter un steak sans son film protecteur ? Faudra-t-il, horreur suprême, parler à son boucher ?
Les gouvernements, eux, tâtonnent. Faut-il classer la barquette de jambon sous vide comme « bien stratégique » ? Créer une réserve nationale de bouteilles PET ? Nommer un ministre délégué au polyéthylène basse densité ?
Pendant ce temps, les industriels innovent. On parle de retour au verre, au papier, au consigné. Certains évoquent même des solutions révolutionnaires : des objets réutilisables. L’idée circule, inquiète, puis recule. Trop radicale. Trop subversive.
Les conséquences s’étendent. Les vêtements synthétiques deviennent des produits de luxe. Les voitures attendent leurs pièces. Les smartphones, privés de leurs coques, montrent soudain leur fragilité existentielle. Même les champs, recouverts de films plastiques, semblent hésiter à produire.
Ironie suprême : à force de vouloir se débarrasser du plastique, l’humanité découvre qu’elle ne sait plus vivre sans lui.
Alors on regarde vers l’Iran, vers les flots incertains du Golfe, et l’on comprend que ce qui se joue là-bas dépasse largement les barils de pétrole. C’est toute une civilisation sous blister qui vacille. Et dans un silence presque gêné, une idée impensable commence à germer : Et si le problème… ce n’était pas la pénurie.


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