L’ « excursion » iranienne.

Dans la bouche de Donald Trump, la guerre vient de changer de catégorie touristique. Elle n’appartient plus au registre des tragédies historiques ni même à celui des opérations militaires complexes ; elle relève désormais de la simple « excursion ».

Le mot est charmant, presque bucolique. Il évoque une sortie scolaire, un groupe de promeneurs descendant d’un autocar, un guide brandissant un petit drapeau et annonçant que l’on sera rentré avant la tombée du jour.

C’est pourtant bien ce terme que Trump a utilisé pour parler de la guerre contre l’Iran dans sa conférence de presse du 9 mars :

« We took a little excursion because we felt we had to do that to get rid of some evil. And I think you’ll see it’s going to be a short-term excursion. »

« Nous avons fait une petite excursion parce que nous pensions devoir le faire pour éliminer un certain mal. Et je pense que vous verrez que ce sera une excursion de courte durée. »

Dans le dictionnaire, une excursion peut signifier une promenade, une sortie de loisir, voire une petite escapade pendant les vacances. On imagine donc l’état-major feuilletant une brochure :

« Moyen-Orient : circuit court, paysages désertiques, frappes guidées et retour à l’hôtel avant le week-end. »

La polysémie du mot fait merveille. Dans son sens doux, l’excursion est un moment agréable qui interrompt le quotidien ; dans son sens militaire, elle devient une opération rapide menée sur un territoire étranger. Trump semble avoir décidé de fusionner les deux sens, comme si la guerre relevait à la fois de la villégiature stratégique et de la randonnée géopolitique. Il a même ajouté, avec un optimisme digne d’un guide touristique rassurant son groupe :

« I think the war is very complete, pretty much. »

« Je pense que la guerre est pratiquement terminée. »

L’histoire regorge pourtant d’excursions militaires qui ont mal tourné. Napoléon croyait faire une promenade jusqu’à Moscou ; d’autres pensèrent effectuer une rapide virée en Irak ou en Ukraine. Les excursions guerrières ont souvent la fâcheuse habitude de se transformer en longues randonnées historiques.

Mais l’expression reste séduisante. Elle donne à la guerre un parfum de détente et transforme les bombardements en activité de plein air.

A ce rythme, il ne manque plus qu’un slogan :« Iran : destination idéale pour une petite excursion stratégique. Séjour court garanti… sauf imprévu de l’Histoire. » 


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