Pendant des siècles, les stratèges ont cru qu’une guerre devait posséder des objectifs clairs, une chronologie identifiable et une issue qui ne puisse être qu’une victoire, une défaite ou un compromis. Cette vision linéaire de la guerre, que l’on doit à Clausewitz et à quelques autres esprits méthodiques, vient pourtant d’être sérieusement ébranlée par la doctrine stratégique de Donald Trump.
Lors d’une conférence de presse consacrée à la campagne contre l’Iran (9 mars), le président américain a assuré que la guerre était « pratiquement terminée ». Dans le même temps, son ministre de la Guerre expliquait avec un sérieux imperturbable que l’opération « ne faisait que commencer ». Un journaliste, qui persistait à croire que ces deux affirmations appartenaient à des univers logiques différents, demanda alors au président laquelle des deux devait être considérée comme exacte.
Donald Trump répondit que les deux l’étaient. Bravo au président Macron qui a su inoculer à l’oncle Sam la doctrine du « en même temps ».
Cette réponse mérite d’être méditée, car elle introduit dans l’art militaire une notion que les physiciens connaissent bien. La mécanique quantique enseigne en effet qu’une particule peut se trouver simultanément dans plusieurs états, tant que personne n’a ouvert la boîte pour vérifier ce qui s’y passe. De la même manière, la guerre contre l’Iran semble désormais se trouver dans un état stratégique superposé, puisqu’elle se trouve à la fois sur le point de se terminer et dans sa phase initiale.
Schrödinger avait imaginé un chat qui pouvait être à la fois vivant et mort tant que l’on n’ouvrait pas la boîte. Donald Trump vient d’inventer une guerre qui peut être simultanément gagnée et commencée tant que l’on n’ouvre pas les communiqués du Pentagone.
Cette innovation présente d’ailleurs un avantage politique considérable. Si la guerre se termine rapidement, le président pourra rappeler qu’il avait annoncé qu’elle était presque finie. Si le conflit se prolonge pendant des mois, voire des années, l’administration expliquera que le ministre de la Guerre avait clairement indiqué que l’opération ne faisait que commencer. Dans les deux cas, la réalité viendra confirmer l’une des deux déclarations initiales, ce qui garantit à la Maison-Blanche une forme d’infaillibilité stratégique.
On comprend que les écoles militaires observent cette doctrine avec un mélange de fascination et d’inquiétude. Pendant longtemps, les officiers ont appris à définir des objectifs politiques, à estimer les forces ennemies et à planifier les différentes phases d’une campagne. La nouvelle méthode se révèle beaucoup plus simple, puisqu’elle consiste à affirmer simultanément deux propositions contradictoires, ce qui permet de couvrir toutes les évolutions possibles de la situation.
Les soldats américains n’ont peut-être pas encore reçu le plan détaillé des opérations, mais ils disposent désormais d’une certitude métaphysique : la guerre qu’ils mènent se trouve déjà dans sa phase finale. Et elle ne fait que commencer.

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