USA : le pays où tout, absolument tout peut devenir un business.

Les Etats-Unis possèdent un talent incontestable : transformer à peu près n’importe quelle activité humaine en opportunité commerciale. Ce n’est pas toujours du génie entrepreneurial ; c’est parfois simplement l’illustration d’une idée devenue presque religieuse dans certains milieux économiques : tout ce qui existe peut, et doit, être monétisé.

La biologie elle-même n’échappe pas à cette logique. Le don de sperme, qui ailleurs relève souvent d’un geste altruiste, devient un service rémunéré. Dans le même esprit, certaines agences organisent la gestation pour autrui comme un marché parfaitement structuré où l’on peut louer, contre rémunération, le ventre d’une mère porteuse. La procréation, qui fut longtemps une affaire intime et familiale, se transforme ainsi en chaîne de production soigneusement contractuelle.

Mais la marchandisation ne s’arrête pas là. Aux Etats-Unis, on peut louer son amitié pour quelques heures, en proposant sur internet sa compagnie pour un dîner ou une sortie. Des applications permettent également de payer quelqu’un pour faire la queue à votre place devant un magasin ou un concert. Dans certaines universités, des étudiants louent même leur présence afin de remplir les amphithéâtres lors d’événements qui doivent paraître populaires.

La vie quotidienne se fragmente ainsi en une multitude de micro-services tarifés. L’idée implicite est simple : si quelqu’un est prêt à payer pour quelque chose, il serait absurde de ne pas transformer cette chose en produit.

Cette logique atteint parfois des sommets d’inventivité. Dans plusieurs villes américaines, on peut rémunérer des « pleureuses professionnelles » pour assister à un enterrement et donner l’impression que le défunt laisse derrière lui une foule émue et pas seulement des dettes en suspens. Ailleurs, des entreprises proposent d’écrire à votre place des lettres de rupture amoureuse soigneusement personnalisées. Même les excuses peuvent devenir un service rémunéré.

L’argument avancé par les défenseurs de ce système reste toujours le même : le marché permet d’organiser efficacement les besoins et les services. Pourtant, lorsque tout devient marchandise, une question finit par se poser : que reste-t-il en dehors du commerce ?

Car une société qui transforme chaque geste humain en transaction risque de perdre progressivement la distinction entre ce qui relève de l’échange économique et ce qui appartient à la sphère des relations humaines, de la solidarité ou de la dignité.

La puissance américaine a souvent été admirée pour sa capacité d’innovation. Mais lorsque cette créativité consiste à inventer sans cesse de nouvelles façons de vendre des fragments de la vie humaine, on peut se demander si l’on assiste encore à un progrès… ou simplement à l’extension infinie du marché.

Dans ce monde où presque tout peut se louer, se vendre ou se monnayer, il reste peut-être une chose qui n’a pas encore trouvé son prix : le bon sens.


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