Trump: le magicien qui fait disparaître des milliers d’éoliennes par la puissance de son logos.

On pourrait qualifier d’hallucinante la manière dont Donald Trump a présenté la question des éoliennes chinoises à Davos : accusant la Chine de fabriquer presque toutes les turbines du monde, il a affirmé, sans sourciller, que « pratiquement aucune d’entre elles n’existerait en Chine ». Cette affirmation n’est pas seulement inexacte, elle frise le délire – car elle efface littéralement le réel, comme si la Chine produisait des moulins à vent pour les autres, mais avait interdit le vent chez elle. Elle transforme une donnée factuelle en un jet de poudre verbale – exactement ce que l’on reproche à la rhétorique toxique contemporaine. Trump et ses équipes ne se contentent pas de réécrire le passé : ils semblent même penser pouvoir transformer le présent le plus immédiat !

Sauf que, dans le monde concret, loin des discours incantatoires, la Chine est le premier marché mondial de l’énergie éolienne, et installe des turbines réelles, en grand nombre, sur son territoire. Selon des analyses basées sur l’imagerie satellite, la Chine comptait en 2023 près de 148 181 éoliennes terrestres et 7 541 éoliennes offshore déjà en service – des machines qui tournent réellement, produisent de l’électricité bien tangible et façonnent le paysage énergétique chinois. Et bien sûr, ces estimations ne tiennent pas compte des installations ajoutées depuis, qui s’inscrivent dans une croissance continue.

Mais dans le récit présidentiel, ces dizaines de milliers d’éoliennes semblent s’être dissipées comme par enchantement. Cette pirouette ne relève pas d’une simple maladresse : c’est un véritable tour de passe-passe verbal, un abracadabra présidentiel où la réalité est sommée de disparaître sous les projecteurs. C’est un peu comme si un magicien annonçait qu’il avait fait disparaître la Tour Eiffel, alors qu’elle est toujours debout, solidement ancrée dans le paysage parisien. Le public applaudirait peut-être si ce n’était pas le président des États-Unis qui parlait, et si le monde réel n’était pas responsable de nos factures d’électricité.

Ce n’est pas une simple erreur de détail. C’est le symptôme préoccupant d’une tendance à réécrire le réel en fonction d’un récit, et non l’inverse. Trump parle du monde comme s’il commentait une partie d’échecs invisible, où les pièces réelles sont remplacées par des projections mentales, où les faits doivent plier sous la pression de l’affirmation. Peu importe que des dizaines de milliers de turbines tournent, que des ingénieurs planifient et construisent, que des données satellites comptent – dans son récit, elles n’existent pas. La réalité est sommée de céder la place à une fiction, à SA fiction, l’objectif étant de répéter assez fort une assertion jusqu’à faire oublier la vérité et transformer la fiction en réalité.

Et pendant que les ingénieurs chinois plantent leurs mâts dans les plaines du Xinjiang, sur les côtes du Zhejiang ou en mer de Chine méridionale – c’est-à-dire là où les éoliennes existent vraiment – le président américain plante des phrases dans le vide, convaincu que le volume sonore tiendra lieu de preuve.

Ce qui serait risible si cela ne participait pas d’un phénomène plus vaste : une gouvernance qui traite les faits comme des objets décoratifs, que l’on peut déplacer au gré des besoins d’un discours ou d’un slogan. La vérité cesse d’être le socle commun sur lequel s’appuie la discussion ; elle devient un tapis roulant d’illusions où chacun choisit l’angle de vue qui l’arrange.

Et voilà comment, par la grâce d’un slogan bien lancé, des réalités tangibles – des dizaines de milliers d’éoliennes bel et bien en fonctionnement – peuvent, dans l’arène verbale, s’évanouir comme un lapin tiré d’un chapeau vide. Voilà le tour de magie dont certains semblent si fiers. Par ce brillant exercice, Trump a gagné un nouveau surnom qu’il pourra agrafer au revers de sa cravate rouge : David Copperfield.


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