Il existe aujourd’hui une espèce humaine particulière, reconnaissable à son sourire d’une largeur réglementaire, à sa dentition parfaitement alignée d’une blancheur étincelante, à sa voix posée comme un plaid sur vos froides angoisses et à sa capacité à prononcer la phrase « passe à l’action » avec la gravité d’un chirurgien annonçant une greffe du destin. Cette espèce a pour nom « coach en développement personnel », c’est-à-dire un individu qui a décidé que votre problème principal dans la vie n’était ni le loyer, ni les foucades de Trump, ni les résultats scolaires de votre fille, ni votre belle-mère, mais le fait tragique que vous n’exploitez pas encore « votre plein potentiel », cette sorte de gisement pétrolier intérieur dont personne n’a jamais vu la carte mais dont tout le monde vend déjà les concessions.
Le coach moderne ne travaille pas sur des détails mesquins comme la compétence, la formation ou le hasard, il travaille sur des concepts vastes, aérés et biodégradables comme « l’alignement », « l’énergie », « la meilleure version de toi-même », qui flottent dans l’air comme des bulles de savon lexicales, jolies à regarder, impossibles à saisir, et qui ont l’avantage considérable de ne jamais pouvoir être mesurées, ce qui évite les déceptions statistiques et permet de facturer la progression sous forme d’enthousiasme.
Le sommet de cet art délicat consiste à pratiquer le name-dropping inspirant, cette discipline olympique où l’on explique avec un regard entendu que Tony Robbins, par exemple, a coaché des gens comme Federer ou Obama, ce qui crée dans l’esprit du public une équation simple et émouvante où acheter un séminaire à 1 200 euros dans une salle polyvalente de zone commerciale devient le premier pas logique vers Wimbledon ou la Maison-Blanche, un peu comme si assister à une démonstration Thermomix vous plaçait discrètement sur la liste d’attente du Bocuse d’Or.
Le mécanisme est d’une élégance redoutable, car il repose sur une idée profondément flatteuse : si vous n’êtes pas encore champion, leader mondial ou maître de vous-même, ce n’est pas parce que la vie est « compliquée », mais parce que vous n’avez pas encore visualisé assez fort votre réussite, et l’on vous invite alors à fermer les yeux, à respirer comme un bébé phoque motivé et à imaginer votre futur triomphal pendant qu’une musique épique monte dans les haut-parleurs, ce qui donne à votre découvert bancaire une dimension héroïque.
Ces coachs parlent de votre vie comme d’une start-up en amorçage, ils vous expliquent que vos échecs sont des « feedbacks », que vos doutes sont des « zones d’apprentissage » et que votre épuisement est une « opportunité de réalignement », si bien que la langue elle-même finit par ressembler à un open space où les mots ont remplacé leur sens par des badges d’entreprise, et où l’on ne souffre plus, on « traverse un process ».
Le plus beau reste cette promesse permanente de transformation, qui ressemble à ces publicités pour shampoing où une femme triste au début devient radieuse après un rinçage stratégique, sauf qu’ici le produit est invisible, l’effet est intérieur et la facture bien réelle, et l’on ressort du séminaire gonflé d’énergie comme un matelas pneumatique tout neuf, avec la légère inquiétude de se dégonfler au premier clou de la réalité.
Le coach en développement personnel est ainsi une sorte de guide de haute montagne de l’âme, qui vous assure que le sommet est en vous, que la corde est en vous, que la météo est en vous, et que, pour une somme raisonnable payable en trois fois sans frais, il va simplement vous apprendre à marcher vers vous-même, ce qui est pratique, car on ne s’égare jamais dans des lieux qui n’existent pas géographiquement.
Au fond, ces grands prêtres du potentiel ont inventé une religion parfaitement adaptée à l’époque : elle n’a ni dogme fixe, ni péché, ni enfer, seulement des objectifs, des blocages et des versions améliorées de vous-même, et elle remplace la vieille question « Que dois-je faire de ma vie ? » par une interrogation bien plus moderne et rentable : « As-tu bien réservé ta place pour le prochain séminaire ? », car le salut, comme le streaming et les box repas, fonctionne désormais par abonnement.

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