Il arrive parfois qu’un gouvernement découvre qu’en politique internationale les compliments peuvent être presque aussi embarrassants que les reproches. L’Espagne traverse actuellement l’une de ces situations délicates où l’on se demande s’il ne vaudrait pas mieux recevoir un discret silence plutôt que certaines félicitations trop enthousiastes.
Tout est parti d’une décision assez simple. Le gouvernement espagnol a refusé que les bases militaires conjointes de Rota et Morón, situées en Andalousie, soient utilisées par les Etats-Unis pour des opérations militaires contre l’Iran. Madrid a expliqué, avec le sérieux juridique qui caractérise les chancelleries européennes, que ces installations ne pouvaient être employées que dans le respect du droit international et des accords bilatéraux existants.
Jusque-là, l’affaire ressemblait à une dispute diplomatique relativement classique. Washington a exprimé sa colère, Donald Trump a évoqué la possibilité de couper les relations commerciales avec l’Espagne, et chacun a pris un air très grave devant les caméras. La situation a cependant pris une tournure légèrement plus délicate lorsque l’Iran est intervenu dans le débat. Le président iranien a en effet salué publiquement la décision espagnole, affirmant que ce refus démontrait que « l’éthique et les consciences éveillées existent encore en Occident ».
Or il est toujours un peu embarrassant, pour un gouvernement européen, de découvrir que sa politique étrangère vient d’être applaudie avec enthousiasme par un régime théocratique dirigé par des mollahs sanguinaires. C’est un peu comme si un professeur particulièrement sévère recevait soudain les félicitations d’un élève réputé pour incendier régulièrement les salles de classe.
On imagine la gêne des diplomates espagnols devant ce genre de soutien imprévu. Refuser une opération militaire américaine est une chose. Se retrouver immédiatement félicité par Téhéran en est une autre. Dans le délicat art de l’équilibre diplomatique, certaines approbations ressemblent davantage à des pièges qu’à des compliments.
Car la politique internationale possède parfois cette ironie particulière : un geste destiné à marquer son indépendance vis-à-vis d’un allié peut soudain être interprété comme un geste d’amitié par l’adversaire de cet allié.
Madrid se trouve ainsi dans une position presque philosophique. En refusant d’ouvrir ses bases, l’Espagne voulait rappeler un principe juridique et affirmer sa souveraineté. Elle découvre qu’elle vient en même temps d’obtenir un certificat de vertu délivré par Téhéran. Et il faut reconnaître que, dans le domaine des distinctions internationales, certaines médailles sont un peu difficiles à accrocher à son veston diplomatique.

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