Les bienfaits insoupçonnés de la guerre moderne.

Il est de bon ton, dans certains cercles, de déplorer la guerre avec gravité, d’en souligner les tragédies, les destructions et les déséquilibres qu’elle engendre, mais il faut sans doute reconnaître, avec un sens aigu de la nuance et une pointe d’ironie salvatrice, que les conflits contemporains offrent également une série de bénéfices pédagogiques, civiques et même économiques qu’il serait injuste de passer sous silence.

Ainsi, la guerre qui se déroule actuellement en Iran – dont l’existence même aura constitué pour une part non négligeable de la population mondiale une révélation géographique tardive – contribue de manière remarquable à l’amélioration des connaissances cartographiques, puisqu’un nombre croissant de citoyens américains, et au-delà, découvre avec un intérêt renouvelé la localisation de l’Iran, du golfe Persique, d’Israël, du Qatar ou encore des Emirats arabes unis, ce qui représente, convenons-en, un progrès éducatif que les manuels scolaires peinaient jusque-là à obtenir.

Dans le même esprit, il est fascinant d’observer l’émergence spontanée d’une expertise stratégique au sein du grand public, lequel, à peine informé des premiers mouvements militaires, se transforme en analyste aguerri, proposant avec assurance des plans de frappes aériennes, des scénarios d’escalade ou des solutions diplomatiques alternatives, souvent élaborés depuis un canapé mais toujours formulés avec la conviction de ceux qui n’ont rien à perdre, sinon une connexion internet instable.

Sur le plan économique, la guerre joue également un rôle didactique non négligeable, puisqu’elle permet de vulgariser des notions abstraites telles que le coût réel d’un missile ou le prix d’une journée de conflit, lequel, pour les Etats-Unis, avoisine allègrement le milliard de dollars, offrant ainsi au citoyen une occasion rare de relativiser ses propres dépenses quotidiennes et de considérer, avec un certain recul, le prix d’un café devenu soudain presque dérisoire.

Il serait par ailleurs injuste d’omettre les effets stimulants de la guerre sur l’innovation technologique, laquelle bénéficie d’un laboratoire grandeur nature où s’expérimentent, dans des conditions réelles, des équipements dont les brochures commerciales n’osaient promettre autant, tandis que les chaînes d’information en continu, dans un souci louable de pédagogie, perfectionnent l’art délicat de commenter l’incertitude avec une assurance inébranlable.

Sur le plan psychologique, enfin, la guerre offre aux sociétés contemporaines une opportunité rare de simplification du réel, puisque les situations complexes se trouvent avantageusement réduites à des oppositions lisibles, des camps clairement identifiés et des récits structurés, ce qui permet à chacun de se positionner avec une clarté rassurante, même lorsque la compréhension des enjeux demeure, disons, approximative.

Ainsi, loin de se limiter à ses conséquences les plus visibles, la guerre moderne apparaît comme un phénomène total, à la fois éducatif, participatif et économique, dans lequel chacun, du décideur au spectateur, trouve matière à s’informer, à s’exprimer et, parfois, à se découvrir une vocation inattendue.

Il ne reste plus, pour parfaire ce tableau presque trop parfait, qu’à se demander si ces bienfaits supposés valent réellement le prix qu’ils exigent – mais cette question, sans doute trop sérieuse, viendrait gâcher l’enthousiasme pédagogique de l’ensemble, et il serait dommage, après tant d’efforts collectifs, de troubler une si belle démonstration d’utilité globale.


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