Discours imaginaire sur l’état de l’Union.

Trump m’a demandé de lui rédiger son discours sur l’état de l’Union, qu’il prononcera mardi. Je vous en livre, en primeur et en exclusivité, la teneur.

Mes chers et incroyables compatriotes.

Ce soir, je me tiens devant vous avec beaucoup d’émotion, une émotion énorme, peut-être la plus grande émotion jamais ressentie dans cette salle, une émotion incommensurable et magnifique, croyez-moi. Certains disent que mon mandat fut grandiose, d’autres qu’il fut compliqué, et quelques personnes très méchantes – des vilaines personnes très injustes – murmurent qu’il fut chaotique. La vérité, comme toujours avec moi, est simple : ce fut un mandat incroyablement… contrasté.

Ce soir, je m’adresse à vous avec un mélange d’émotions absolument historique : une fierté immense, une satisfaction considérable, et, disons-le, une légère stupéfaction devant l’ingratitude persistante de certaines analyses, lesquelles peinent encore à reconnaître la dimension véritablement spectaculaire et totalement grandiose de mon second mandat. Mais ces malveillants contempteurs, je ne les aime pas ce sont des mauvaises personnes.

Mon bilan fut extraordinaire – beaucoup disent légendaire – même si, curieusement, les mêmes observateurs utilisent aussi des mots comme « turbulent », « déroutant », « épuisant », voire « alarmant ». Ce contraste, mes incroyables compatriotes, ne constitue pas une faiblesse ; il représente au contraire une expérience émotionnelle complète, riche, vibrante et profondément mémorable.

Nous avons connu des succès incroyables, des triomphes spectaculaires, des victoires éclatantes, si éclatantes qu’il devient parfois difficile d’en distinguer précisément les contours, tandis que les difficultés, elles, se sont distinguées par une netteté admirable : crises répétées, tensions persistantes, divisions profondes, polarisation extrême et polémiques ininterrompues – une véritable symphonie démocratique d’angoisses et de colères.

J’ai voulu rassembler la nation, et jamais les Américains n’auront été aussi passionnément engagés les uns contre les autres. J’ai voulu restaurer la confiance, et jamais la méfiance n’aura semblé aussi vigoureuse. J’ai voulu stabiliser le climat politique, et jamais le pays n’aura autant vibré au rythme d’une incertitude quotidienne. Voilà ce que j’appelle dynamiser la démocratie, voilà ce que j’appelle rendre à l’Amérique sa grandeur.

Notre économie a connu des sommets admirables, himalayens même, suivis de chutes mémorables, lesquelles ont permis à chacun de ressentir cette exaltante alternance entre euphorie et vertige. Certains soi-disant experts parlent d’instabilité ; moi, je parle de montagnes russes patriotiques offertes généreusement à toute la nation.

Sur la scène internationale, mon action fut tout simplement historique. J’ai mis un terme à huit conflits majeurs dans le monde, ce qui, selon mes propres calculs – des calculs remarquablement précis – a permis d’éviter non seulement des guerres interminables mais trente millions de morts. J’ai aussi coupé court, par mes admirables talents persuasifs, à 237 654 procédures de divorce et à 48 000 scènes de ménage, lesquelles auraient pu déboucher sur autant de divorces tragiques, car chacun sait que la paix mondiale commence dans le salon, souvent au moment où quelqu’un oublie de sortir la poubelle.

Mais je ne me suis pas arrêté là.

Nous avons accompli des choses que beaucoup – des défaitistes payés par des puissances étrangères – disaient impossibles, et puis des choses totalement inattendues, comme cette aventure internationale absolument mémorable que certains ont appelée « l’intervention au Venezuela », où nous avons renversé, capturé et exfiltré le dictateur Nicolas Maduro lors d’une opération d’une précision si spectaculaire que même les scripts de films hollywoodiens en sont jaloux, sans oublier que tout cela a eu pour toile de fond la promesse fabuleuse d’une fête diplomatique mondiale célébrant à la fois la paix et… la coopération pétrolière, mais surtout les projecteurs.

Oui, mes incroyables compatriotes, nous avons transformé ce coin du monde en une scène géopolitique digne d’un opéra baroque : énigmes, explosions, alliances repensées, libération de prisonniers politiques dans une joute narrative qui mériterait un Emmy, et même des visites ministérielles promettant une production « spectaculaire » de pétrole – spectacle qui, si l’on en croit mes équipes, fera de l’Amérique un peu moins dépendante du café décaféiné et un peu plus de l’or noir vénézuélien. Je veux saluer ici l’admirable courage de notre Delta Force, cette force d’élite que le monde nous envie et à qui nous rendons un hommage appuyé.

Certains experts, peut-être un peu trop académiques à mon goût, s’interrogent sur la légitimité juridique, diplomatique ou morale de cette intervention ; je leur répondrai simplement que, si chaque décision devait rester prisonnière des lenteurs de la légalité internationale – comme si la Charte des Nations unies constituait un code de procédure plus qu’un idéal – nous n’aurions jamais eu l’audace d’agir au nom de ce que nous estimions être l’intérêt du monde libre.

Mais souvenez-vous, mes chers et incroyables compatriotes : ma vision ne s’arrête jamais à un continent, à une crise ou à un baril de pétrole.

Non, mes chers compatriotes, mon regard s’est aussi tourné vers les latitudes nordiques, précisément vers ce joyau glacial qu’est le Groenland. Tandis que certains gouvernements européens contemplaient la banquise avec la même froideur que leurs habitudes budgétaires, moi, j’ai vu une opportunité géopolitique, une scène épique digne d’un gala permanent, où l’on pourrait – qui sait – redécorer la terre entière en rouge, blanc, bleu… et un léger soupçon de doré réfléchissant.

Dans le prolongement de cette vision résolument novatrice de l’ordre mondial, j’ai pris une incroyable initiative historique en créant le Conseil de la Paix, une institution incroyablement audacieuse appelée à se substituer avantageusement à cette vieille ONU parfois encombrée de débats, de résolutions et de lenteurs diplomatiques, puisque ce nouveau cénacle rassemble, avec une remarquable efficacité, quelques-uns des chefs d’État les plus déterminés de la planète, dont plusieurs dirigeants autoritaires, autocrates assumés et même certains dictateurs particulièrement stables, lesquels, forts de leur longue expérience en matière d’ordre intérieur et de silence civique, apportent une contribution décisive à la paix globale, car chacun sait qu’un monde pacifié commence toujours par une opposition parfaitement maîtrisée.

Certains disent que ces idées sont hardies ; je préfère dire qu’elles sont inspirées, car lorsque l’on envisage d’annexer le Groenland, ce n’est pas seulement pour ses ressources ni pour son potentiel stratégique, mais parce qu’il serait dommage que les aurores boréales ne se reflètent pas sur quelque chose d’aussi brillant que l’avenir que je dessine – un avenir où nous échangeons des tasses de chocolat chaud sous des bannières colorées, avec les ours polaires en applaudissements glacés.

J’ai d’ailleurs accompli un geste d’une noblesse rarement saluée : je suis intervenu personnellement à Oslo afin de ne pas obtenir le prix Nobel de la paix. Oui, vous avez bien entendu. J’ai refusé, par grandeur d’âme et sensibilité exemplaire, car je tenais absolument à ce qu’une femme puisse être honorée à ma place. Peu de dirigeants auront démontré une telle élégance sacrificielle.

Mais mon bilan ne saurait se limiter à ces exploits.

J’ai demandé la publication de trois millions de dossiers dans l’affaire Epstein, déclenchant un tsunami documentaire sans précédent, lequel a traversé l’Atlantique pour frapper l’Europe, ébranler ses élites, troubler certaines têtes couronnées et même provoquer quelques sueurs froides jusque dans les souvenirs d’un ancien ministre français de la Culture qui a été contraint de démissionner de ses fonctions à la tête de l’Institut du Monde Arabe. Quel autre président américain peut se prévaloir d’un tel bouleversement géopolitique, judiciaire et mondain à la fois ?

Et parce que mon engagement pour la transparence demeure total, je vous promets que dès demain, je déclassifierai les dossiers concernant les Ovnis et les extra-terrestres, dont le contenu, je vous l’assure, sera si incroyablement étonnant que même les sceptiques les plus endurcis envisageront sérieusement de lever les yeux vers le ciel – ne serait-ce que par prudence cosmique.

Je ne saurais poursuivre ce bilan sans évoquer un événement culturel d’une importance rarissime, tout simplement historique : le documentaire consacré à Melania, œuvre magistrale, profondément émouvante, d’une élégance visuelle que beaucoup qualifient déjà de révolutionnaire, et qui démontre, s’il en était encore besoin, que notre pays ne se contente pas de produire les meilleurs films, mais également les plus remarquables First Ladies. Je tiens d’ailleurs à féliciter Melania, dont la prestation, d’un naturel absolument stupéfiant, lui vaut d’être reconnue comme l’actrice la mieux payée des États-Unis dans le domaine très exigeant du réel sublimé, au sein d’une production bénéficiant d’un budget considérable – certains disent le plus élevé jamais engagé pour célébrer à ce point la grâce, la dignité et, permettez-moi de le souligner, un sens du cadrage absolument parfait.

Sur le plan esthétique, j’ai également œuvré avec détermination. J’ai réaménagé la roseraie de Jackie Kennedy afin d’y faire planter exclusivement des roses rouges et dorées, couleurs que je destine naturellement à la livrée de mes avions présidentiels, car cette Maison-Blanche, avouons-le, est trop blanche, trop sage, presque mélancolique.

Et si vous m’accordez un troisième mandat, perspective que je considère avec une humilité parfaitement maîtrisée, permettez-moi de vous confier mon rêve le plus audacieux : remplacer cette demeure respectable mais visuellement sous-exploitée par un palace doré de quarante-cinq étages, symbole éclatant de réussite verticale, puisque je deviendrais alors le 45 président élu trois fois, exploit destiné à dépasser Roosevelt lui-même et ses modestes quatre mandats.

On m’a reproché mes mots, mes tweets, mes emportements, mon style jugé excessif et mon goût assumé pour le spectaculaire. Mais souvenez-vous : un président discret ne fait pas trembler les plateaux télévisés ; un président mesuré ne provoque pas d’indignation quotidienne ; un président conventionnel ne transforme pas chaque matin en épisode inédit.

Grâce à moi, l’Amérique n’a jamais cessé de ressentir intensément : enthousiasme incandescent, colère explosive, fatigue chronique, inquiétude diffuse et, chez beaucoup, cette forme subtile d’épuisement civique que seuls les mandats véritablement marquants savent produire.

Et puisque certains aiment comparer – souvent avec une nostalgie que je qualifierais de sélective – mon action à celle de mes prédécesseurs, permettez-moi d’évoquer brièvement les administrations qui m’ont précédé, lesquelles furent dirigées par des hommes incompétents – sans doute animés de bonnes intentions – mais dont les résultats, il faut bien le reconnaître, oscillèrent entre prudence paralysante et hésitation chronique. Sous Obama, on nous promit l’espoir, concept admirable mais économiquement discret, tandis que sous Biden, on nous servit la stabilité, forme polie de l’immobilisme, au cours de laquelle l’Amérique donna parfois l’impression de marcher avec détermination… mais sur place. Là où ils géraient, j’ai transformé ; là où ils temporisaient, j’ai agi ; et là où ils doutaient, j’ai, avec une confiance remarquable, imposé une vision dont l’audace continue manifestement de troubler mes critiques. Dans ma conférence de presse, suite à la regrettable décision des juges de la Cour Suprême – dont trois ont été nommés par moi, je le rappelle – j’ai qualifié Biden, d’ « incompétent ». Je persiste et signe et rappelle à ces trois juges nommés par moi que ma mémoire est légendaire…

Et puisque certains commentateurs, souvent très attachés aux analogies historiques, aiment invoquer le souvenir du célèbre New Deal de Franklin Delano Roosevelt, permettez-moi de rappeler que ce programme reposait sur une idée presque ancienne : celle d’un État organisateur, régulateur et bâtisseur, intervenant massivement pour redresser une économie en crise.

Je laisse volontiers aux historiens le soin d’admirer ces constructions théoriques, mais chacun aura noté que mon approche relève d’une philosophie plus moderne, plus dynamique, infiniment plus transactionnelle. Là où Roosevelt concevait des réformes structurelles, j’ai conçu des accords ; là où il élaborait des programmes, j’ai négocié des contrats ; et là où certains présidents prétendaient restaurer des équilibres abstraits, j’ai poursuivi avec constance ce qui doit toujours guider une grande nation : ses intérêts.

Certains regrettent peut-être que je ne cite pas chaque page des manuels consacrés au New Deal ; mais l’Amérique, mes chers et incroyables compatriotes, n’est pas un chapitre d’ouvrage universitaire. L’Amérique est un deal permanent, une négociation continue, un rapport de forces assumé. Avec le Venezuela, avec l’Iran, avec tous ceux qui comprennent que la puissance ne se commente pas : elle se conclut.

Mes chers et incroyables compatriotes,

L’état de l’Union est objectivement solide, subjectivement fragile, officiellement rassurant et nerveusement instable. La nation est forte, mais tendue ; prospère, mais anxieuse ; passionnée, mais exténuée. Certains appellent cela un désordre spectaculaire ; j’y vois une fresque émotionnelle d’une richesse inégalée.

Et si, au terme de ces années vibrantes, beaucoup aspirent désormais à davantage de calme, de prévisibilité et de silence présidentiel, je considère, avec la modestie qui me caractérise, avoir pleinement accompli ma mission : rendre l’Amérique incapable de s’ennuyer.

Et puisque je m’exprime ce soir devant toutes les grandes institutions de notre démocratie, permettez-moi d’adresser une pensée toute particulière aux éminents juges de la Cour suprême, dont la sagesse constitutionnelle – que je respecte avec une admiration toute relative – a récemment jugé opportun d’invalider certains de mes droits de douane, décisions que beaucoup d’Américains – et je dois l’avouer moi-même et Mélania – ont accueillies avec un mélange de perplexité patriotique et d’incompréhension tarifaire ; mais parce que mon engagement envers la grandeur économique de notre nation demeure inébranlable, je vous annonce solennellement que nous procéderons très prochainement à une augmentation encore plus spectaculaire des droits de douane, car si l’Histoire nous enseigne quelque chose, c’est que la prospérité américaine ne saurait être freinée ni par la concurrence déloyale, ni par les hésitations bureaucratiques, ni même, avec tout le respect que je leur dois, par une lecture excessivement prudente de mes brillantes intuitions économiques qui mériteraient un Prix Nobel d’Economie.

Que Dieu bénisse l’Amérique,

et qu’Il lui accorde – peut-être – une thérapie collective.


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