Ils avaient 37 ans et portaient un nom magnifique.

GOOD AND PRETTY ASSASSINES PAR LA milICE NAZIE DE TRUMP

Depuis Minneapolis, ville dont le nom reste attaché à l’image insoutenable de George Floyd mourant sous le genou d’un policier et à la vague mondiale de révolte contre les violences policières et le racisme institutionnel qui en avait jailli comme une onde de choc traversant les continents, un autre drame d’État se déploie aujourd’hui avec une gravité presque historique, comme si ce lieu était devenu le miroir grossissant de ce que peut devenir la puissance publique lorsqu’elle agit dans un climat politique qui la protège davantage qu’il ne la contrôle, et cette fois ce visage de la violence porte l’insigne fédéral de l’Immigration and Customs Enforcement, l’ICE, dont les opérations s’inscrivent dans une ligne assumée et défendue par Donald Trump, dont le soutien répété, bruyant et sans nuance, offre à ces interventions une couverture politique si vaste qu’elle est perçue par beaucoup comme une forme de permis implicite de tirer avant même que la lumière complète ne soit faite.

Le 24 janvier 2026, Alex Jeffrey Pretti, infirmier en soins intensifs de trente-sept ans et citoyen américain, un homme dont la vie professionnelle consistait à maintenir des corps en vie dans la lumière blanche des hôpitaux, a été tué par des agents fédéraux de l’immigration à Minneapolis lors d’une opération menée sous mandat de l’administration Trump, et sa mort s’inscrit dans une séquence tragique ouverte quelques semaines plus tôt par celle de Renée Nicole Good, mère de trois enfants abattue par l’ICE le 7 janvier, deux citoyens américains tombant sous des balles américaines tirées par une police fédérale dont la mission première n’est pas le maintien de l’ordre local mais le contrôle migratoire, ce qui donne à ces morts une résonance troublante, presque vertigineuse, dans un pays qui se présente comme un État de droit où la force est censée être l’ultime recours et non le langage ordinaire de l’autorité.

La version officielle défendue par l’administration décrit Pretti comme un émeutier violent et armé, une menace imminente pour les forces de l’ordre, figure dangereuse figée dans l’espace public par la diffusion d’une image présentée comme celle de son arme et relayée par le président lui-même, transformant en quelques heures un soignant en silhouette menaçante, mais face à cette narration verticale se dressent des vidéos et des témoignages décrivant un homme tenant un téléphone pour filmer, s’approchant selon plusieurs sources pour aider des personnes bousculées, aspergé de gaz poivre, plaqué au sol, frappé, puis atteint par des tirs alors qu’il n’était pas manifestement armé, scène qui ressemble moins à un échange de feu qu’à l’écrasement d’un corps déjà maîtrisé, et sa famille comme ses collègues parlent d’un homme doux, profondément tourné vers les autres, dont la vie entière contredit l’image d’un danger public.

Autour de la mort de Renée Nicole Good, les mêmes fractures apparaissent entre la parole officielle et les images diffusées, certaines séquences la montrant dans sa voiture sans geste offensif visible avant les tirs, et des milliers de personnes ont manifesté après sa mort en dénonçant une police fédérale qui, selon leurs mots, terrorise les communautés, tandis que dans les cortèges circule aussi le nom de Nicole Gould, évoquée comme une femme abattue elle aussi quelques semaines plus tôt par un agent relevant d’une structure fédérale de sécurité intérieure, affaire dans laquelle l’agent impliqué aurait été déplacé non pas dans le cadre d’une sanction rendue publique mais officiellement pour le mettre à l’abri d’éventuelles représailles, décision perçue par une partie de l’opinion comme une mise en protection administrative qui renforce le sentiment d’un système protégeant d’abord ses agents avant d’exposer leurs actes à un examen indépendant.

Ces drames ne sont pas perçus comme des accidents isolés mais comme les manifestations visibles d’une politique plus large, où la démonstration de force et la peur deviennent des instruments assumés de gouvernement, et cette orientation apparaît aussi dans les chiffres mêmes des expulsions, qui montrent que la différence entre les administrations ne se réduit pas à une question de volume mais renvoie à une stratégie distincte, ce que l’on peut résumer ainsi :

AdministrationExpulsions officielles (removals)Départs dits « volontaires » / self-deportationsLogique dominante
Obama (2009–2017)Plus de 3 millions d’expulsions officielles en 8 ans, avec des pics annuels très élevés dans les premières annéesUsage massif de procédures formelles d’expulsion inscrites dans un cadre administratif classique
Trump (jusqu’à fin 2025)Environ 605 000 expulsions formellesPrès de 1,9 million de départs dits « volontaires », souvent sous pression, peur, contrôles répétés et incitationsDéplacement du centre de gravité vers la dissuasion, la pression voire la peur et l’auto-expulsion comme outil politique

La différence n’est donc pas seulement quantitative mais stratégique, car là où une politique se lisait surtout dans des chiffres administratifs, l’autre s’incarne dans une présence visible, armée, répétée, dans les rues et les quartiers, transformant l’espace quotidien en zone de contrôle et installant une peur diffuse qui agit comme une force invisible poussant des personnes à partir avant même que le droit ne suive son cours.

Dans les rues glaciales de Minneapolis, les manifestants rappellent que ces opérations ne visent pas uniquement des immigrés mais peuvent coûter la vie à des citoyens américains, et l’une des organisatrices d’une veillée a dit que les gens étaient là pour Alex, pour Renée et pour tous ceux qui ont été blessés ou traumatisés, tandis que le gouverneur du Minnesota et le maire de Minneapolis exigent une transparence totale et l’arrêt de ces opérations, demande à laquelle l’administration fédérale répond par la défense constante de ses agents et la primauté accordée à la version officielle, même lorsque vidéos et témoignages suggèrent une autre réalité.

La question qui traverse ces événements ne concerne donc pas seulement les secondes où les coups de feu ont été tirés mais l’architecture entière qui entoure ces secondes, le soutien politique affiché, les enquêtes conduites à l’intérieur des mêmes structures, l’accès limité aux preuves, car une démocratie ne peut durablement fonctionner si la vérité descend du sommet comme un communiqué prêt à l’emploi alors que le réel, filmé à hauteur d’homme, peine à trouver sa place, et c’est dans cet écart grandissant entre le récit du pouvoir et l’expérience vécue que se loge l’inquiétude la plus profonde, celle d’un système perçu comme se protégeant lui-même avant de protéger ses citoyens.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *