La condamnation de Jimmy Lai Chee-Ying à une peine de prison qui équivaut à une mort lente derrière les barreaux n’est pas une affaire judiciaire. C’est un acte politique. Un message. Une démonstration de force. La Chine n’a même plus besoin de masquer sa nature : elle gouverne par la peur, le châtiment et l’écrasement systématique de toute voix dissidente.
À Hong Kong, ancien laboratoire fragile mais réel de libertés publiques, le pouvoir chinois a méthodiquement détruit ce qui restait de l’État de droit. La loi sur la « sécurité nationale » n’est pas un texte juridique : c’est une arme. Une arme aux contours volontairement flous, permettant d’arrêter, de juger et de condamner quiconque pense, écrit ou parle autrement que selon la ligne du Parti.
Jimmy Lai n’est coupable que d’une chose : avoir cru que la liberté de la presse n’était pas négociable. Il a publié, critiqué, soutenu des valeurs démocratiques, et surtout refusé de se taire. Pour cela, la machine chinoise l’a broyé. Procès interminable, isolement carcéral, accusations absurdes de « collusion avec des forces étrangères » : le répertoire est celui de toutes les dictatures, de Moscou à Pyongyang, en passant par Moscou et Téhéran, recyclé à la sauce technocratique et froide de Pékin.
La propagande chinoise aime se draper dans le vocabulaire de la stabilité, de la prospérité et de l’harmonie sociale. Mais il n’y a ni harmonie ni stabilité dans un régime qui emprisonne des vieillards pour leurs idées, ferme des journaux, efface des archives, réécrit l’histoire et transforme la justice en théâtre d’intimidation. Il n’y a qu’un pouvoir obsédé par le contrôle total et terrifié par la liberté.
Ce qui se joue à Hong Kong dépasse largement son territoire. C’est un avertissement adressé au monde entier : la Chine ne respecte que le rapport de force. Les traités internationaux, les engagements solennels, les promesses faites aux Britanniques comme à la population hongkongaise n’ont été que des chiffons de papier jetables dès qu’ils devenaient contraignants.
Le plus inquiétant n’est pas seulement la brutalité du régime chinois, mais la mollesse des démocraties face à cette brutalité. On proteste, on « exprime une préoccupation », puis on continue à commercer, à investir, à s’agenouiller devant un marché jugé plus important que les principes. La prison de Jimmy Lai est aussi le miroir de cette lâcheté occidentale.
La dictature chinoise ne cherche plus à séduire. Elle impose. Elle punit. Elle efface. Et elle compte sur l’usure morale, la fatigue et le cynisme du reste du monde pour continuer. Nommer les choses est donc un minimum : ce régime n’est pas un partenaire difficile, ni un modèle alternatif. C’est une dictature moderne, efficace, et de plus en plus décomplexée.
Et Jimmy Lai, derrière ses barreaux, restera longtemps l’un de ses visages les plus accusateurs.

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