Dans la tradition du chiisme duodécimain, on sait qu’il existe un personnage mystérieux : le douzième imam, celui qui a disparu au 9ème siècle et qui, selon la doctrine, réapparaîtra à la fin des temps pour rétablir la justice, un messie musulman, en quelque sorte. Pendant plus de mille ans, les fidèles ont attendu son retour avec patience et ferveur.
Or voici qu’une innovation théologique semble voir le jour au Moyen-Orient : celle du guide suprême caché. A peine élu, voilà que le nouveau chef disparaît à son tour dans une forme d’occultation politique. On nous assure qu’il est bien vivant, qu’il dirige toujours, qu’il prend des décisions importantes… mais ses apparitions publiques sont remplacées par des messages soigneusement lus par des porte-parole.
Les croyants de la première heure se veulent rassurants : l’absence n’est pas une disparition, mais une stratégie. Comme le douzième imam, le guide suprême se manifesterait désormais par signes indirects : un communiqué ici, un message audio là, parfois même une lettre dont l’authenticité est garantie par ceux qui l’ont reçue.
Les théologiens pourraient presque parler d’une nouvelle phase d’occultation : après l’occultation mineure et l’occultation majeure, voici peut-être l’occultation médiatique. Le chef est présent par ses textes, invisible par sa personne.
Et les fidèles attendent donc, avec une patience toute eschatologique, le moment où il apparaîtra enfin au balcon, non pour la fin des temps, mais au moins pour la prochaine conférence de presse.

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